Cela faisait une éternité que je n'avais pas vu de film avec Eddie Constantine. Je me rappelle des films très particuliers, qui se distinguaient essentiellement grâce au jeu incroyable de ce comédien. Eddie Constantine est une énigme pour moi. Je ne comprends pas comment ce type a pu faire carrière avec un jeu aussi mauvais.

Et pourtant il a tourné ! Et pourtant il a su créer un personnage inimitable, hors du commun. Comme si tous les autres acteurs jouaient, vivaient ensemble des événements constitutifs d'une histoire et que lui n'était pas dupe, un non-acteur faisant semblant de jouer, égaré dans un récit qui n'est pas réellement le sien, un personnage solitaire abandonné dans les cases d'une bédé. Et sur ce film, c'est encore cette même sensation que l'acteur s'amuse à faire l'acteur parmi de vrais comédiens. C'est sans doute cette espèce de je-m'en-foutisme assumé et la distance qu'il impose de façon systématique, cet humour pince-sans-rire et décalé aussi qui font qu'on a la nette impression qu'Eddie Constantine se moque de tout, de l'histoire, du film, de son personnage, des autres et peut-être qu'il essaie de nourrir une connivence avec le public.

En dépit de la faiblesse de son jeu, il émane de ses films une atmosphère, une gaieté, une sympathie qui n'est pas sans charme. Je suppose qu'à l'époque il a pu ainsi fonctionner longtemps en séduisant les foules.

Même si je n'en suis pas sûr, j'ai l'impression qu'Eddie Constantine a déjà pas mal de bouteilles de bourbon à son actif au moment où il tourne celui-ci. D'ailleurs il y joue un James Bond à la retraite. Sans que ça sente le sapin pour autant, il me semble un brin fatigué.

Je ne sais si c'est la présence au scénario de Jean-Claude Carrière ou bien si on le doit à Jésus Franco lui-même, peut-être un petit peu aux deux, mais ce film paraît souvent fait verser dans la parodie bondienne. Entre les gadgets foireux, les savants fous avec leurs drôles de machines et les petites pépées qui tombent raides dans les bras du super espion, il y aurait du gentil foutage de gueule que ça ne m'étonnerait pas.

Les dialogues jouent beaucoup sur les mots et sur la culture française. On peut donc penser qu'ils sont de Jean-Claude Carrière.

L'aspect noir, américain, convoqué sous la lune d'Alicante est peut-être de la patte de Jésus Franco. Les diableries des méchants, notamment la transformation en zombie d'une blonde donzelles enchaînée, présagent des futurs penchants sadiens de Franco.

L'ensemble donne un drôle de film : indéniablement parodique, il n'en demeure pas moins suiveur. Il s'essaie par conséquent aux sous-genre que le cinéma bis européen produit en pagaille dans les années 1960 : le film d'espion, héritier de Fleming et Young.

Dans le rythme, Jésus Franco se loupe avec fracas. Là où Terence Young propose de l'invention, un montage plus rapide et découpé, des changements visuels et de cadres, le réalisateur espagnol prend un temps fou pour rien sur certaines séquences. Il ralentit son récit, ne trouve pas matière à l'enrichir, à proposer de la variété.

Ce sont les comédiens qui haussent le niveau. Mention spéciale à Françoise Brion qui prend son rôle au sérieux. Le grand Fernando Rey est au contraire en deçà de ce qu'on pouvait espérer. La petite Sophie Hardy est toute pimpante. Son physique avenant, ouvert, m'a fortement intrigué. Je ne crois pas connaître cette actrice. J'ai aimé la tête de Marcelo Arroita-Jáuregui également.

La photo d'Antonio Macasoli est très intéressante. Il faut louer sa capacité à produire une belle liaison entre le soleil, la belle luminosité de l'Espagne diurne et un très joli noir et blanc pour des scènes nocturnes vraiment réussies.

Ajoutons là-dessus la richesse jazzy qu'offrent les compositions du grand Paul Misraki. Elles sont parfaites, réanimant parfois le film là où le montage l'anesthésiait et surtout présentant de la variété, des « couleurs » bienvenues pour donner du peps à l'ensemble du film.

Bref, un petit film pas trop emmerdant avec quelques petits atouts qui en font une curiosité par moment agréable, parfois un peu trop assoupie.
Alligator
5
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le 25 sept. 2013

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Alligator

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