Etrange film, coupé en deux parties fort différentes, d'environ une heure chacune :

1/ Le récit cruel d'une enfance où Casanova, entre 8 et 10 ans, échappe miraculeusement à un destin miséreux. Un noble assiste au spectacle de l'opération chirurgicale affreuse (digne des pires cauchemars de Molière) à laquelle succombe son père. Pris de pitié, il accepte de payer ses études à Padoue. L'enfant déjà bien dessalé y vivra son premier chagrin d'amour. Les scènes sont très fortes : la noyade de son père, la maltraitance dans le pensionnat, les relations chastes avec l'abbé qui le fait dormir avec lui, l'amoureuse qui fait semblant d'être possédée. Seule la (mauvaise) mère paraît caricaturale, grue coquette et arriviste. Mais le gamin qui joue Casanova est extraordinaire, sorte de Delon enfant, à la beauté noire.

2/ C'est tout le problème de la 2e partie, dix ans plus tard : Casanova devient un charmant éphèbe, le film se fait marivaudage vaudevillesque. Finie l'analyse marxiste des échelons sociaux à laquelle s'était vouée la première moité. Le ton léger, badin, coquin voudrait préparer Casanova à son futur personnage de séducteur - le film se clôt avec sa décision de quitter le séminaire pour aller folâtrer au lit avec deux demoiselles, délaissant la pure jeune fille qui avait quitté le couvent pour lui.

En fait, c'est un bon résumé de la versatilité de Comencini. Deux chefs d'oeuvre - La Grande pagaille et L'Argent de la vieille (pour le coup, parfaite fable marxiste) - et une série sublime (Pinocchio). Mais aussi : de beaux films auxquels il manque un petit quelque chose pour être accomplis : L'incompris, Un vrai crime d'amour, Eugenio. Comme si au dernier moment le cinéaste fléchissait, n'osait plus. Ainsi la reconstitution : une gestion saisissante des figurants (notamment durant le Carnaval) ou un art du tableau (plans larges, compositions de groupes, bateaux) n'empêchent pas l'imagerie pittoresque à la limite de la mièvrerie. On est sur une corde raide. Parfois il est vrai que la naïveté a une force supérieure qui affirme et emporte, parfois elle ramollit. Cet entre-deux est assez difficile à cerner chez Comencini. Son Casanova est ainsi étrangement tiraillé entre un pôle politique magistral et un pôle libertin plus anodin. Le film garde un grand charme, sans la puissance visionnaire d'un Visconti.


LunaParke
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le 27 déc. 2024

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