Film que je voulais voir depuis longtemps, séduit que je fus à l'époque par la bande annonce. BA d'autant plus appréciable qu'elle laisse place à la surprise autour d'un sujet pourtant bien convenu et traité.
Le film ne perd pas de vue son propos, ce que l'on perçoit assez bien au fur et à mesure que l'on le comprend. En revanche le montage peine à bien lier les scènes à son service. J'ai beaucoup apprécié la longueur de l'exposition qui ne bâcle pas la partie africaine. Elle est centrale pour étoffer le personnage de Georges (R.Duris), dont le squelette caractéristique est devenu un archétype de cinéma. Et j'ai tout autant aimé le rythme du second tiers. Je me demande si le dernier tiers n'a pas été raboté. En effet j'ai le sentiment qu'un quatrième acte après le retournement tragique qui semble conclure le film aurait du exister. De même - mais c'est moins grave - la romance naissante entre Hélène (C.Sallette) et Georges est dopée à la scénarite et repose sur une paire de clichés. Ce qui n'empêche pas d'y croire. Enfin le personnage d'Angèle (M. Courcol-Rozès) semble mis en place au titre d'un arc avorté.
Ne s'agissant pas d'une adaptation (ce que j'ai cru sur le moment) la contrainte n'est pas à chercher dans le matériau de base mais dans une probable réticence à produire un film d'une envergure aussi modeste au delà des 2H. C'est dommage, toute la force métaphorique du film se trouvait là.
Parfaitement dialogués, distribués et dirigés, les rôles sont très au dessus du standard habituel du drame français. R.Duris a joué ce rôle dix fois. Mais c'est avec ce personnage qu'il l'a joué juste. C'est affaire de goût mais l'on n'a presque jamais l'impression d'être au théâtre, plaie chronique du cinéma hexagonal.
La réalisation a quant à elle quelques inspirations dont je retiendrai la scène de crise de Marcel qui traite cliniquement un sujet souvent fort mal filmé.
Thématiquement il gagne par sa sobriété la comparaison avec Un long dimanche de fiançailleset Au-revoir là haut. Ils ne prétendent certes pas au même registre. Cessez-le feu qui n'a donc pas l'ambition des deux premiers, les remet à leur place. Notamment en épargnant au spectateur la satire qui ressemble toujours un peu à une leçon de morale. Il ne prétend ainsi pas lui apprendre que la guerre c'est mal ; et qu'elle est au fond quand même affaire de gentils et de méchants (qui ne sont, figurez-vous, jamais ceux que l'on veut que vous croyez). Il traite sérieusement un sujet sérieux sans tricher. Et ce avec suffisamment de développements parallèles pour ne pas enfermer le spectateur dans la claustrophobie d'un thème unique. C'était à mon sens le défaut principal du très bon La chambre des officiers.
Il y a toujours à redire sur la représentation de la guerre en elle-même - dans une scène unique - et du syndrome de stress post-traumatique (SSPT). Mais c'est anecdotique pour la tenue du film.
Le développement autour du troisième frère (Jean) n'est en revanche pas traité à hauteur de l'importance qu'il a dans la structure narrative et c'est le défaut majeur que je retiendrai.
Un film homonyme de 1934 sur le même thème existe. Je doute qu'il ait une influence existe mais je suis curieux.
C'est un excellent film d'après-guerre, un très bon drame, et une belle prouesse de ne pas avoir fait un "film français" (oui, François Ozon). Je le recommanderai et le reverrai malgré ses défauts.