Chainsaw Man - Le Film : L'arc de Reze
7.6
Chainsaw Man - Le Film : L'arc de Reze

Long-métrage d'animation de Tatsuya Yoshihara (2025)

Malgré les moyens colossaux déployés, conduisant à des effets visuels et sonores spectaculaires qui, d'autant plus en salle, abasourdissent complètement le spectateur, malgré un enchaînement de musiques sirupeuses je n'ai été ni impressionné, ni touché par ce film qui aura eu pour principal intérêt de me rappeler qu'il faut que je relise le manga.


J'ai lu la bande dessinée il y a maintenant 4 ans, cette dernière a beaucoup marqué mon esprit jeune et innocent par son esthétique singulière et ses personnages contrastés. Mais je ne me souvenais pas assez de l'oeuvre pour vraiment savoir si elle serait intéressante pour le moi d'aujourd'hui.


Cette adaptation m'a tout de même bien vendu l'oeuvre de base, les premières minutes ont été particulièrement car elles étaient les mieux adaptées du film. Quoique largement portées par le support d'adaptation (plans de la rencontre avec Reze dans la cabine téléphonique, cinéma avec Makima, discussions de l'ange avec Aki autour d'un démon...), la mise en scène de ces premières scènes laissaient voir avec une bonne transparence le déroulement de l'action, ici les interactions entre les personnages. Là dessus la version animation n'ajoute, ne sublime rien de particulier mais a le mérite de ne rien gâcher. Et c'est un vrai plaisir de retrouver ces personnages qui se posent des questions, qui ont tous un point de vue, une expérience de vie différente interagir.


On a Denji qui est toujours une sorte de feuille vierge, à la fois ignorant, naïf, obéissant mais largement guidé par ses pulsions et son grand appétit de plaisirs sensoriels, deux facettes dont il expérimente les contradictions. Cette contradiction est incarnée par le dilemme qu'il expérimente entre deux femmes : Makima et Reze. De manière très cynique, ce grand naïf discerne immédiatement sa dévotion à Makima (qui au début du film lui dit qu'il "a un coeur", ce qui laisse entendre qu'il serait capable d'expérimenter le plaisir de l'amour) et sa passion naissante pour Reze. Ne connaissant pas l'amour il se demande : "Est ce que j'en aime une des deux ? Est ce que j'aime les deux ? Aucune des deux ? ". Ce point de vue neutre d'un ancien paria nous apporte un vrai recul sur la question, que nous êtres civilisés considérons souvent à tort comme une affaire classée. Pour qui que ce soit, le désir, l'amour n'ont jamais deux fois le même visage lorsqu'ils portent sur deux personnes différentes.


Reze apparaît principalement comme un personnage fonction qui exposera Denji à ce nouveau dilemme. Bien que le personnage est développé plus tard dans l'oeuvre il reste plutôt opaque, en sobriété toutefois (je veux dire qu'elle ne sera pas exagérément présentée comme un antagoniste "profond"). C'est en fait à la fin du film qu'on apercevra une faille dans sa carapace.


Bien qu'au second plan et inscrits dans une trame parallèle un peu négligée, l'ange et Aki forment un duo de suicidaires blasés contrastant avec l'attitude candide de Denji (on aurait gagné à plus de temps d'écran de ce duo contre moins de combats mappa). Confronté à un suicidaire encore plus déterminé que lui Aki vivra une trêve dans le déni acharné de son humanité.


Quand au côté horrifique, il est correctement déployé mais terriblement lésé par les scènes de romance, beaucoup trop mielleuses. C'est ici que le film sombre dans ce que Makima et Denji critiquent : ces passages sont dignes de la comédie romantique la plus bateau et peinent à susciter une quelconque émotion : trop prévisible. En plus d'être médiocre, cette mise en scène (plans, ralentis... la musique......) ne collent absolument pas à la situation.


On parle de Denji, qui se demande sérieusement si il n'est pas traîné ici malgré lui par son zizi, et Reze qui, j'ai cru l'avoir compris (désolé Fujimoto mais la métaphore de la toile d'araignée...), se moque de lui + ils sont à poil. C'est un peu mignon mais pourquoi sortir les grands marteaux piqueurs lyriques et romantiques à la Makoto Shinkai ? Le film est pas assez cher?


C'est là qu'on arrive au point de non retour où la mise en scène nous empêche de nous identifier aux personnages en nous projetant dans leur situation. Au lieu de ça on se projette dans un archétype hyper grossier d'amoureux? C'est littéralement un retour en arrière par rapport à l'avancée que propose Denji par ses réflexions (d'idiot fini on le rappelle): on propose au spectateur de se demander ce qu'est l'amour puis on lui bande les yeux avec une réponse des plus caricaturales.


Ensuite la scène "plot twist" est vraiment pas mal, j'ai cru qu'on allait avoir une bonne ambiance musicale pour la suite avec des musiques grinçantes et décalées, mais finalement ça n'a duré que quelques minutes, la suite est bof, le combat est illisible, on comprend rien mais c'est pas stylé non plus, ça va vite mais c'est monotone, parce que tout changement de rythme est prévisible longtemps à l'avance. Pareil pour les images un peu plus longues qui arrivent dans des "climax" qu'on voit arriver à 15km. Je ne critique pas ici les idées du combat (chevauchement de sharknado etc...) qui peuvent être pas mal mais au milieu de ce fouillis tout est oblitéré et on peine à être satisfait. La musique finalement on reste sur de la jpop qu'on croirait générée par IA, enfin bref, même si je le voulais je ne pourrais pas en parler tant que ça vu que j'ai déjà presque tout oublié de ces longues minutes.


La scène sur la plage à la fin était pas mal, on quitte l'hystérie 2min et ça fait plaisir, on est récompensé de pas être parti de la salle. On a même le droit à un petit rappel du film d'auteur vu par Makima et Denji au début, ce qui sonne un peu comme une blague quand même vu la purge qu'on vient de subir. Mais finalement c'est peut être une mise en abîme lol, ces moments là ne sont jamais que de courts instants au milieu d'un océan d'ennui.


Finalement comme dans l'oeuvre de Fujimoto, Reze reste très opaque et on peine à s'émouvoir lors de sa mort.



DDarkGT
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