Chantons sous la pluie a été classé en 2007 par l'American Film Institute à la cinquième place du top 100 des meilleurs films et se trouve dans presque tous les classements des meilleurs films de tous les temps, cas unique à ma connaissance pour une comédie musicale.
Ce chef-d’œuvre est le fruit d’une coréalisation, de l’association d’un grand réalisateur, Stanley Donen, et d’un génie de la danse, Gene Kelly. Il est aussi un cas assez rare, si ce n’est unique, d’un film complètement jubilatoire qui utilise toutes les ressources de l’industrie du rêve hollywoodienne tout en en dénonçant sans complaisance les dessous. Si le film est enchanteur il ne nous décrit pas l’univers du cinéma comme un monde enchanté. L’industrie du rêve est aussi l’industrie du mensonge ce qui est ironiquement et cruellement indiqué dès le début du film lors de l’interview de Don Lockwood (Gene Kelly) : ce dernier nous raconte l’histoire de sa « magnifique ascension », histoire qui est en fait une accumulation de mensonges pour entretenir sa gloire, alors que les images du film nous montrent exactement le contraire. La progression du film est d’ailleurs celle du mensonge vers la vérité, comme en témoigne la dernière scène, celle où est dévoilée la supercherie du doublage de la voix de la star devant le public, scène traitée sur le mode comique mais, si on y réfléchit, terriblement cruelle.
Le film est aussi extrêmement intéressant car il montre les problèmes réels que l’industrie du cinéma rencontra à l’époque du passage du muet au parlant : voix désagréables de certaines stars du muet, énormes micros difficiles à dissimuler, enregistrements de bruits parasites divers. Et il s’inspire de personnages réels car plusieurs acteurs célèbres, tout comme Lina Lamont (Jean Hagen) dans le film, virent leur carrière mise à mal, et parfois brisée, par l’avènement du parlant. Le cas le plus célèbre est celui du génial Buster Keaton que Gene Kelly consulta d’ailleurs pendant la préparation du film.
Il faut aussi évidemment parler de la perfection de la réalisation, des plans longs et des plans séquences, des mouvements de caméra d’une grande fluidité, du sublime technicolor. Les numéros de danse sont absolument magnifiques atteignant ce comble de l’art où, à force de travail (on sait que l’entraînement, par exemple de Debbie Reynolds, commença trois mois avant le début du tournage à raison de huit heures par jour) toute trace de travail est effacée et où, comme le dit Kant, l’art atteint la grâce de la nature.