Ah ! Mais que ça fait du bien d'avoir une proposition d'univers fantastique ! Une vraie !
Des humains, des sirènes, des bébés sumos, des personnages à grosses têtes... Quel sens à tout ça ? On ne sait pas trop et au fond ce n'est pas important. Car le plus important, c'est que, dès son introduction, ce film s'impose comme une véritable déclamation créative en termes de forme.
Ça fuse vraiment de partout. Chaque plan regorge de détails, de compositions originales. Et j'insiste bien sur le fait que ça regorge et non que ça dégueule. Malgré l'aspect éminemment généreux du film, ça sait garder un équilibre, une cohérence, que ce soit dans ce choix de couleurs tirant vers le vert, bleu et jaune, ou bien encore dans cette volonté de faire mosaïque en toute circonstance, soit de gens, soit de bâtisses, soit d'objets... Et puis il y a cette mise en scène qui n'arrête jamais de jouer d'effets d'écrans forts ingénieux. Livres, prismes, écrans d'eau : tout est toujours l'occasion de montrer différentes facettes de mêmes personnalités, soit pour créer un effet comique...
(Mais ce moment où le journaliste découvre Stephan derrière l'illustration de son conte illustré : mais ce que j'adore !)
...soit pour inviter sans cesse à enrichir le regard ; pour inciter à ne pas se fier trop facilement aux apparences.
C'est bien simple, sur le premier quart d'heure, j'avais l'impression d'être face à un Elémentaire dopé à la créativité et réellement animé par cette culture de l'attraction vers l'altérité...
Seulement voilà, à mon grand regret, cette magnifique déclamation formelle peine vite à être suivie dans le fond.
Sitôt l'intrigue se met-elle en branle qu'on se rend progressivement compte qu'on va nous servir une bluette très classique. Le temps d'un instant, on aurait pu s'imaginer que cette idée de femme poisson se révélant progressivement en beauté envoûtante allait être prétexte à un cheminement symbolique...
(Cette idée selon laquelle la beauté n'est qu'une question de perspective, d'ouverture et d'attachement à l'autre, permettant au «thon » de devenir princesse...)
...mais malheureusement, il n'en est rien.
À la place, ce ChaO préfère partir sur un canevas bien plus convenu, où la construction de la relation se fait par l'entremise des pires clichés du genre. Autant dire qu'à cause de ça, progresser au sein de ce ChaO a été synonyme d'un passage amer de la succulente bisque à la triste soupe à la grimace. Et ce n'est pas la chanson ultra mièvre qui pope en plein milieu de film qui a su sauver l'affaire, bien au contraire.
Malgré tout, après un réel ventre mou en cœur de film, ChaO parvient à se revivifier sur sa dernière demi-heure.
Alors certes, tout n'est pas parfait : certains pivot de l'intrigue peuvent encore apparaître comme vus et revus, surtout qu'ils sont parfois mal ficelés...
(La mort des parents de Stephan en est, à mes yeux, un triste exemple. Que la mère de Stephan oublie de couper le moteur du bateau pour sauver le dauphin, passe encore. Mais que son père l'oublie aussi, ça me semble totalement con...)
De même, quand bien même essaye-t-il de dégorger de créativité que, malgré tout, ce ChaO donne régulièrement l'impression d'être un décalque lointain d'autres films déjà vus. En ce qui me concerne, face à ce film, j'ai souvent pensé aux Enfants de la mer, un peu à Ponyo (forcément) mais également au cinéma de Makoto Shinkai, de manière générale...
Malgré tout, l'un dans l'autre – et ma note trahit en cela mon verdict final – je trouve que la générosité l'emporte au bout du compte.
Après tout, il n'y a pas de hasard à ce que certaines formules soient reprises ad nauseam : si elles le sont, c'est souvent parce qu'elles marchent.
Or, là, au regard cette effusion de bons sentiments, j'avoue que ça me conduit à produire un bilan final qui globalement positif.
Parce que ça fait quand même du bien de sentir une œuvre être portée par une vraie vague de générosité créatrice. L'intrigue, face à ça, apparaît presque comme quelque chose de secondaire ; un simple prétexte.
On serait même en droit d'y voir tout le cœur de la démarche de ce ChaO : qu'importe l'objet de la passion car, ce qui compte au fond, c'est ce que la passion a été capable de générer. Et c'est vrai que, tout autour de cette intrigue, il y a quand même plein de belles choses. Des choses animées, habitées, porteuses.
Eh bah, moi, je dis qu'en une telle période où le moindre remous effraie n'importe quel producteur, je ne vais pas bouder mon plaisir face à cette onde de fraîcheur.