Un pas de côté pour Philippe de Broca, une embardée délicate sur des territoires curieusement plus intimes pour un matamore de son espèce... Et l'attachement de Louise ici se veut presque désespéré, d'abord né d'une véritable rupture sociale, d'un instinct viscéral à lutter contre les carcans tenaces d'une France encore Pompidolienne. D'aucuns d'ailleurs pourront passer leur temps à résister, tiquer même sur les raisons mêmes d'une improbable liaison, ou regretter le trouble systématique de toutes les situations de ce film, mais goûtons le plutôt...
Goûtons en effet la façon dont Jeanne Moreau, dans un sourire, avouera le grotesque à quoi elle est parfois réduite, apprécions son immense délicatesse devant la naissance de ce jeune égoïste. C'est une sorte d'hommage à l'amour, la démonstration de la grande générosité d'une actrice, et d'un scénariste sans doute un peu amoureux, qui lui taillât sur mesure ce rôle si singulier, Jean Loup Dabadie.
On sent assez nettement l'inconfort dans lequel Philippe de Broca pût se sentir, à traiter de sujets pour lui inédits, dans des postures qui ne lui sont définitivement pas propres. Il réside aussi une forte dose de maladresse dans le choix de certains de ses plans, et l'on reste un peu à la croisée de plusieurs chemins, le geste artistique n'est pas poussé, ni porté fièrement, cela se sent bien... Mais il reste une certaine douceur au film, et il persiste un intérêt à découvrir cette belle partition de Jeanne Moreau, sur une musique de Georges Delerue, ce qui ne gâche rien. Une petite heure et demie de délicatesse, un moment d'égarement, une curiosité cinéphile.
Le sujet ? En amour, parfois, penser autrement...