Nouvelle preuve que Spielberg est un des rares cinéastes capable de faire rêver, comme Chaplin.
Le film commence et le ton est donné : nous allons assister à une épopée rurale. Ici le brio de Spielberg tient en plusieurs points. Tout d’abord il prend tout son temps pour l’exposition de ses personnages : le fermier fier et brisé, têtu, sa femme et leur enfant, Albert, qui va grandir en même temps que celui qui deviendra son ami, son frère : Joey, vrai personnage principal du film. Nous voyons lentement se planter un décor autour du thème central de l’effort, du dévouement, du travail de la terre … La terre qui sera l’élément-clé tout au long du film. Cette terre à l'état de boue qui servira de décor à une des scènes les plus extraordinaires du film, en plein no man’s land où, l’espace de quelques minutes, anglais et allemands vont se réunir autour de l’admiration qu’ils ont en commun pour le canasson.
Le deuxième évidence en regardant War Horse c’est la mise en scène. Spielberg avouera pendant la masterclass qui a suivi l'avant-première du film qu’il n’y avait pas un mais plusieurs storyboards. Il était hors de question pour lui de faire appel à la synthèse pour les images finales, et ce sont donc des pré-animations complexes qui aidèrent à décider quels plans seraient tournés ou pas, sur la base de trois critères : l’esthétique, la narration et l’interdiction absolue de blesser les chevaux.
L’image s’en ressent et respire pleinement dans une maîtrise esthétique que le metteur en scène n’avait peut-être encore jamais égalé auparavant. Cette lumière typique de ses films, qui « détache » toujours un peu le personnage de son décor atteint là une beauté à couper le souffle sur certains plans, et c’est d’autant plus vrai qu’on l’entend dire après le film qu’aucun fond vert n’a été utilisé et qu’on a privilégié les décors naturels.
L'histoire, les paysages anglais d'avant la première guerre qui se déroulent sous nos yeux et la musique magistrale de John Williams, tout ça rend impossible alors le réflexe de ne pas penser aux grands classiques américains signés John Ford, Howard Hawks ou Viktor Flemming. Et là on comprend que c’est un mauvais résumé de dire que War Horse est un film de guerre. Elle en a le décor, mais on est loin du Soldat Ryan : l’héroïsme présenté ici est tout autre, plus vaste. On est bien là dans les traces des grands films classiques tels que Autant en emporte le vent, Lawrence d’Arabie ou L’homme qui voulut être roi. Spielberg est un des rares cinéastes à être capable de nous faire rêver, comme Chaplin avant lui.