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le 8 avr. 2020
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Chez moi est divertissant. Le point de départ est bon, l’atmosphère devient vite inconfortable et le personnage principal inquiète justement parce qu’il ne ressemble pas à un monstre. Le problème, c’est que presque tout repose sur Javier Gutiérrez. Si le film dépendait de Mario Casas, il s’effondrerait très rapidement.
Javier Muñoz était autrefois un publicitaire à succès. Il habitait un appartement magnifique et pensait que cette vie lui appartenait. Lorsqu’il perd son travail, son argent et son statut, il refuse d’accepter sa chute. Il reste obsédé par son ancien logement et par tout ce qu’il représentait : le pouvoir, la reconnaissance et la sensation d’avoir réussi.
Le film développe cette obsession de manière efficace. Javier ne commence pas comme un psychopathe évident. Il observe, puis entre, manipule et finit par transformer la vie d’une autre famille en projet personnel. Chaque étape semble petite jusqu’au moment où il est déjà trop tard.
Javier Gutiérrez est remarquable. Il peut être poli, pitoyable, menaçant et misérable au cours d’une même scène. Son personnage provoque du rejet, mais aussi une grande curiosité. On sait qu’il peut aller très loin et l’on veut découvrir jusqu’où.
Il transmet aussi très bien l’humiliation d’un homme incapable de supporter de ne plus être important. Javier ne veut pas simplement récupérer son appartement. Il veut retrouver l’image qu’il avait de lui-même. Sa famille, son travail et les autres deviennent des pièces qu’il déplace pour se sentir à nouveau supérieur.
La dimension sociale est intéressante. Chez moi parle du succès comme identité, des hommes incapables d’accepter que leur heure soit passée et d’une société qui mesure la valeur d’une personne par l’argent, l’emploi et la maison. Ces idées ne sont pas approfondies, mais elles donnent davantage de poids au thriller.
Mario Casas, en revanche, est très faible. Son personnage devrait être essentiel à l’affrontement, mais son interprétation manque de force. Il n’apporte presque aucune complexité et ne peut rivaliser avec Gutiérrez dans leurs scènes communes. La différence entre les deux est constamment visible.
Casas semble surtout compter sur un visage sérieux, une voix basse et l’espoir que cela suffise à créer de l’intensité. Ce n’est pas le cas. Son personnage aurait pu avoir davantage de présence et de contradictions, mais finit surtout comme une victime manipulée par le protagoniste.
Bruna Cusí est bien meilleure et apporte de la crédibilité aux scènes familiales. Ruth Díaz fonctionne également, même si le récit reste tellement concentré sur Javier que les autres personnages manquent souvent d’espace.
La première moitié est la plus réussie. La façon dont Javier réintègre progressivement son ancienne vie crée une vraie tension. Le rythme est lent, mais l’inconfort grandit parce que l’on comprend qu’il prépare quelque chose.
Plus tard, le scénario accumule les coïncidences, les comportements forcés et les solutions trop pratiques. Le récit perd en crédibilité et la dernière partie devient assez prévisible. Malgré cela, Gutiérrez continue de porter le film.
Chez moi n’est pas un thriller particulièrement original ni aussi profond qu’il voudrait le faire croire. Il contient des incohérences et des interprètes de niveaux très différents. Mais il divertit, crée de la tension et possède une excellente performance centrale.
Javier Gutiérrez entre dans cette maison et s’empare aussi de tout le film. Sans lui, il ne resterait pas grand-chose.
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