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Mise en bouche
Dans Chime l’essentiel tourne autour d’un espace assez vaste en intérieur où Takuji Matsuoka (Mutsuo Yoshioka) enseigne la cuisine à quelques élèves. Sa spécialité semble être la cuisine française...
le 1 juin 2025
Résumé :
Dans ce moyen-métrage, on y suit un enseignant en cuisine, marié et père de famille qui assiste au suicide, impuissant, au suicide d’un de ses élèves. Toshiro affirmait entendre un carillon et que la moitié de son cerveau avait été remplacé par une machine. Ce son, que personne d’autre ne perçoit devient peu à peu une obsession. Matsuoka, son professeur, a essayé de le comprendre et peut-être de l’aider mais ça n’a pas suffi. Toshiro s’est tué devant lui et ses élèves en tentant d’enlever la partie mécanique de son cerveau. Ce bruit carillon devient de plus en plus important, il devient obsessionnel, occupe l’espace comme le symbolise l’éloignement de Toshiro des autres. Jusqu’à ce que Matsuoka aussi commence à l’entendre. Au départ, il cherchait à comprendre ce bruit, il questionnait Toshiro, quand ce fût son tour de l’entendre il chercha sa provenance. La bascule intervient suite à la mort de Toshiro, tout d’abord choqué, il hurle quelques secondes par terre avant que son expression faciale semble exprimer du dédain. Un peu plus tard, quand les élèves sont partis et qu’il est seul, il se place face à l’endroit où Toshiro est mort et s’étire avant de se mettre face à la fenêtre comme si de rien n’était. Par la suite, Toshiro se retrouve seule avec une de ses élèves qu’il pousse à démembrer un poulet malgré son rechignement. Sans raison apparente, Matsuoka poignarde à d’innombrables reprises son étudiante. Après avoir poignardé son élève, Matsuoka quitte les lieux. Il rentre chez lui et retrouve sa femme et son enfant comme si de rien n’était. Son comportement reste calme, bien qu’il se comporte bizarrement avec son fils. On comprend qu'il a le désir de le tuer et il est suggéré par la fin du fim qu’il le fera.
Analyse
En 44 minutes, Kurosawa nous montre la grandeur de son cinéma : il travaille une peur sourde, invisible et tapie dans les gestes du quotidien. Il ajoute cette goutte de fantastique à son oeuvre pour nous faire douter de la rationalité des évènements sans pour autant nous faire penser qu’il n’y a pas d’explication logique. Kurosawa maitrise cette entre-deux à la perfection et en joue pour nous faire peur. Dans Chime, il n’y a pas de dialogues ou de scènes superflues, dans ces 44 minutes terriblement efficaces, un son permanant s’invite, remplaçant même le silence. Cette dissonance invisible pousse vers la rupture par des changements discrets et des plans en apparence anodins mais finalement révélateurs. Par cette folie contagieuse, Kurosawa brosse le portrait implicite du Japon contemporain froid où la souffrance devient un bruit parasite. Les douleurs individuelles se dissolvent dans l’indifférence collective. Toshiro et Matsuoka ne délirent pas, c’est leur environnement. Ce déni collectif se manifeste par des perturbations diffuses, où leur souffrance prend la forme de bruits sourds qui finissent par affecter les autres.
La cuisine qui était à l’origine un lieu calme, de maitrise devient un théâtre devient dangereux et instable. Matsuoka tente alors de la fuir en postulant dans un bistrot (démarche entamée avant les événements du film, ponctuée par deux entretiens qui rythment le récit). Lors de ces entretiens, il parle longuement de lui-même mais ne parvient pas à faire comprendre aux recruteurs ce qu’il pourrait apporter au restaurant. Finalement, il semble être vidé de toute motivation sincère. A la fin du deuxième et dernier entretien, il est renvoyé par le patron à son rôle d’enseignement et lui conseille de continuer sur cette voie. Il est alors clair que ce film traite également de la dépression, que peut-il se passer quand un être aussi complexe que l’homme n’est plus motivé à vivre ? Dès lors, d’une nature si sensible, il suffit d’un léger changement pour que tout bascule.
La sensibilité accrue de l’homme peut faire peur. Sa complexité peut nous pousser à craindre le lien social avec quelqu’un, qui, du jour au lendemain peut ne plus du tout être la même personne. C’est à la fois fascinant et déstabilisant, on cherche à comprendre en même temps que l’on craint cette altérité. Dans cette idée, Kurosawa n'en fait jamais trop, il ne surcharge ni le rythme ni le contexte. Des plans simples et anodins, entres les mains de Kurosawa, deviennent stressant et mystérieux. On ressent que tout peut exploser à n’importe quel instant.
Kurosawa interroge la fatigue mentale causée par notre société et comment elle traite les personnes “malades”. Le carillon est révélateur des frustrations et de l’épuisement accumulé. Matsuoka est insatisfait de sa carrière et vit dans un foyer dysfonctionnel : un fils irrespectueux, une épouse froide et maniaque. Le quotidien qu’il pensait avoir accepté l’a poussé à bout et cette irritation se manifeste par la violence absurde qui lui permet de fuir l'aliénation du réel.
Le restaurant, premier endroit vers lequel il fuit, apparaît finalement comme un autre lieu d’aliénation par la domination du patronat. Il le concède lui-même, il est prêt à mettre ses goûts et sa cuisine “unique” de côté pour satisfaire le client. La famille est aussi une forme d’aliénation dû à la charge conjugale et parentale. Face à cela, la société propose des échappatoires consuméristes. Ici, les jeux vidéo et la consommation de nourriture. Je pense notamment aux scènes de repas ainsi que celles où l’épouse jette d’énormes sacs poubelles remplis de canettes.
Ces personnes en souffrance sont ignorées par la société et traitées comme des bruits dérangeants. Mais parfois, leur folie déborde et fait craquer ceux qui les entourent. Finalement, ce n’est pas eux qui sont malades mais leur environnement. La folie ne naît pas seule, elle est insinuée par les autres.
Chime est une expérience où Kurosawa saisie la société tout entière. Les dépressifs sont ignorés dans un monde qui ignore ses propres factures. Ceux qui tentent d’échapper à l’aliénation sont abandonnés, leur isolement donne alors forme à un effondrement intérieur. Finalement, ils ne sont ni plus ni moins que les symptômes d’une société malade.
Créée
le 26 févr. 2026
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