Charles Foster Kane est le reflet direct ou plutôt le créateur de son époque, la partie visible d'une société qui rêve d'une grandeur intellectuelle et politique, d'une aisance du discours et d'un charisme épatant. Seulement, Kane est un peu au delà de tout ça, le revers de la médaille n'est pas loin. Il possède certes les attributs énoncés plus haut mais aussi les handicaps et la médiocrité d'âme que cela génère. Kane est riche, très très riche, l'explication de ce que comporte son domaine est la preuve que notre homme est au dessus du reste du panier. Mais voilà, c'est en partant de rien qu'il y est parvenu, jouant de son esprit incisif et d'élégance, qu'il reprend un journal et lui offre un succès incomparable. On a envie d'aimer Kane, du moins de l'admirer comme on admire James Stewart dans ''la vie est belle'', cependant, contrairement à ce dernier, on se rend vite compte que tout n'est que façade. L'homme, comme le dit mon titre, n'aime personne, c'est le roi dandy d'une cour qu'il méprise. Son entrée en politique n'est qu'un coup de massue supplémentaire. Kane gratte la présidence (après s'être fait bien plaisir avec la nièce... Désolé...) mais la société le rattrape, lui qui pensait voler au dessus. C'est pour une bête histoire de cul que l'oiseau se déplume et perd ses chances en politique, on croirait du DSK. Cela démontre surtout que Kane a beau être incisif, les tentations ne sont pas loins et s'y laisser prendre est son leitmotiv. Surtout que la ''cantatrice'' qu'il convoite est loin de mériter ce nom. Kane perd sur toute la ligne même si le bonhomme ne veut y croire, lui qui dit maîtriser si bien l'opinion publique. Les oreilles ça, il ne les maîtrisent pas, le spectateur se range à l'idée que cette femme ne valait pas le coup que l'on se sabote en politique pour elle. La scène des applaudissements me semble intéressante. A la fin de la piètre représentation d'opéra, Kane domine tout le monde de sa stature, que l'angle de caméra souligne efficacement. Par sa position, il force les gens à applaudir comme le ferait un dictateur : souvenons nous de Staline et de l'un de ses discours se finissant par un tonnerre d'applaudissement d'un quart d'heure. La durée incroyable n'étant pas lié à la qualité du discours mais à la crainte que l'homme inspirait. Qui oserait dont rompre le silence au risque de s'attirer les foudres de Staline. Dans le cas présent de Citizen Kane, cela se passe de la même façon, au début seulement. Kane se lève, s'attendant à être suivi dans une standing ovation, seulement, il se retrouve seul à applaudir, dans l'ombre. L'illusion se fissure et il ne le constate que trop.
La toute fin du film résume tout ce qui se cache derrière la manie de l'homme qu'était Kane, aussi ne vais-je pas la spoiler tant elle mérite le coup d’œil.
Citizen Kane c'est un film d'une grande profondeur mais sur lequel on peut aisément passer à côté il me semble. Personnellement j'ai eu un peu de mal en entrer dedans la première moitié du film, mais la seconde m'a absolument fasciné. Cet homme m'a fasciné comme on est fasciné par un feu de forêt. A ne pas confondre fascination et amour, voilà ce qui l'a perdu...