Le nom du personnage principal, Toni (ou Tonino), est le diminutif du prénom de l’acteur, Antonio, qui est aussi celui du personnage principal du Voleur de bicyclette de Vittorio De Sica. Double signification donc : d’un côté, la continuité entre personnages et acteurs – habitants d’un bidonville près de Madrid où se déroule l’essentiel de l’action du film, ils ont participé à sa conception avec Guillermo Galoe ; de l’autre, le film est un hommage explicite au néoréalisme italien d’il y a près d’un siècle, quand, face aux catastrophes du fascisme et de la guerre, des cinéastes inventaient un genre décrivant un monde que beaucoup refusaient de voir, pour en affirmer, dans des décors réels et avec des acteurs non professionnels, la valeur intrinsèque*.
Le (néo)réalisme, ce n'est pas montrer le réel, c'est mettre en scène des gens, des lieux, des situations pour donner à voir, imaginer, craindre ou espérer ce que peut le réel – ou ce qu'il pourrait. Et c’est ce que fait admirablement Guillermo Galoe dans son premier long métrage, en adoptant le regard de l’enfance, celui de Toni et de son ami Bilal, jusqu’à intégrer les vues colorées qu’ils saisissent avec un téléphone portable. Cela donne une chronique presque documentaire, traversée par des éclats de fiction qui en révèlent la puissance poétique, comme le fait aussi le travail sonore où se mêlent les musiques et bruissements du quartier.
Ce film émeut par la beauté du regard que porte le réalisateur sur un monde qu’il peint sans complaisance, mais sans hauteur : à vue d’humains.
* Ce n’est pas après une bicyclette que court Toni, mais après un chien, autre clin d’œil au film Un homme et son chien, dernier film dont Cesare Zavattini fut le coscénariste,, après avoir été celui du Voleur de bicyclette ?