Au lieu de reprocher au film d’utiliser la guerre civile comme une toile de fond dénuée de toute réalité politique, ses détracteurs feraient mieux de s’interroger sur les raisons de ce choix visiblement assumé par le réalisateur. Car en reléguant au second plan le conflit militaire pour mieux se focaliser sur une bande de photo-reporters chargés de l’immortaliser, il est clair que le véritable sujet n’est pas la guerre elle-même, mais son traitement médiatique. Évidemment, tout ce qui se passe dans le film pourrait se dérouler tel quel en Ukraine ou en Afghanistan, mais le fait de ramener le conflit aux USA, dans des paysages que les amerloques connaissent par cœur et pas des pays étrangers dont ils n’ont que faire, cela permet à Garland d’impliquer davantage le public cible du long-métrage, en rendant la situation beaucoup plus concrète pour eux.
Là où le film pêche en revanche, c’est dans le traitement simpliste, voire archaïque de son sujet. En effet, si Garland met parfaitement en avant la dangerosité permanente du métier, l’adrénaline que cela suscite chez les reporters ou leur désensibilisation progressive face aux images apocalyptiques qu’ils capturent quotidiennement ; tout cela reste finalement très attendu et ne creuse pas suffisamment la spécificité du journalisme de guerre. Après tout, Kateryn Bigelow disait déjà la même chose sur les soldats de la guerre en Irak dans Démineurs en 2009. Non seulement Civil War ne s’interroge que très peu sur la représentation ou la médiatisation du conflit, mais en plus, il ne prend même pas en compte sa forme contemporaine. Parce qu’à une époque où n’importe qui peut s’improviser reporter de guerre en dégainant son smartphone au bon moment, où les chaînes d’info nous abreuvent continuellement d’images sordides pour captiver notre attention, et où ces mêmes images sont ensuite commenter ou détourner à longueur de journée par des éditorialistes plus ou moins droitisés ; quelle est encore la place du photographe de guerre dans tout ça ? Etait-ce la profession la plus pertinente pour aborder ces thématiques aujourd’hui ? J’en doute fortement.
Au bout du compte, Civil War s’apprécie surtout comme un film de guerre efficace. Les personnages sont très archétypaux, mais plutôt bien écrits en plus d’être parfaitement complémentaires. On croit à leurs relations et à leurs développements, même si ceux-ci prennent surtout forme dans des scènes de dialogues explicatifs entre les séquences d’action. Séquences d’action qui constituent d’ailleurs le gros point fort du film. Nombreuses, gorgées de tension et toujours savamment réalisées. Un pur plaisir de cinéma viscéral prouvant qu’il est encore possible de faire du grand spectacle à petit budget, rien qu’avec un peu de savoir faire technique. Par contre, l’habillage musical à certains endroits m’a laissé un peu dubitatif. Si vous captez l’intention derrière, je veux bien une explication.