Le titre (en français) est univoque : Clair-obscur est un film qui traite de couleurs et plus précisément de couleurs de peau. Mais loin de réaliser une dissertation académique sur la thématique des discriminations raciales, la réalisatrice Rebecca Hall, qui signe ici son premier long-métrage, opère une réflexion captivante sur le fait d'être une femme noire dans le New-York des années vingt avec une élégance rare.
Le postulat formel de ce film est de prime abord explicite : le choix du noir et blanc morcèle l'image en deux couleurs à priori distinctes, pourtant tout se passe comme si le noir et le blanc ne faisaient que se mêler tout au long du film pour finalement devenir une teinte grisâtre qui rapproche les êtres plus qu'elle ne les sépare. C'est pour cette subtilité là que Clair-obscur est intéressant et se démarque car il s'agit d'un film introspectif où les différences de couleurs de peau sont à la fois exacerbées et camouflées mais sont surtout perçues à travers le regard de deux femmes. Ces dernières, Clare et Irene, qui semblent de prime abord avoir des intérêts distincts vont, au fur et à mesure, réaliser leurs concordances jusqu'à l'apparition d'une fascination ambiguë entre l'une et l'autre. Or, si cette histoire fonctionne c'est en grande partie grâce à l'interprétation des deux actrices principales, Ruth Negga et Tessa Thompson, qui intègrent dans leur jeu une dimension corporelle intrigante et l'ambivalence nécessaire permettant à leurs personnages d'être énigmatiques et réfléchis.
Pour une première réalisation, la composition du cadre est elle aussi remarquable de la même manière que l'ambiance donnée aux images qui nous plonge dans un univers à la fois jazzy et angoissant se répercutant à l'intérieur des problématiques existentielles des deux protagonistes. L'effacement des différences que Rebecca Hall souhaite nous faire ressentir à partir d'un procédé qui semble au contraire les raviver est également la grande force du film et prouve le talent de la jeune réalisatrice. Clair-obscur, avec sa mise en scène élégante et ses actrices formidables, se place donc comme un film majeur de cette fin d'année et intronise ainsi Rebecca Hall au titre de nouvelle cinéaste prometteuse.