Primo : C’est l’été et Mehdi El Glaoui (Sami Outalbali) est invité par sa petite amie, Garance (Noée Abita) à séjourner une dizaine de jours dans la résidence secondaire de ses parents, Philippe (Laurent Laffite) et Laure (Élodie Bouchez) Trousselard. Lui est avocat et elle actrice. Et même si ses films passent encore régulièrement à la télé, Laure a mis sa carrière en pause. Mais elle envisage un come-back en acceptant un rôle pour le théâtre.


Secundo : Le titre le sous-entend, les Trousselard sont les représentants de la classe moyenne. Mais ce titre me gêne, car il sous-entend que le film ne s’intéresse qu’à eux, ce qui n’est pas le cas. D’autre part, il peut donner une fausse impression de ce qu’est la classe moyenne. Parce que quand même, leur résidence secondaire consiste en une villa à l’architecture arrondie, un terrain et une piscine en forme de trace d’essuie-glace. De plus, ils emploient un couple comme gardiens, Tony (Ramzy Bedia) et Nadine (Laure Calamy) Azizi qui occupent une petite maison sur le même terrain avec leur fille Marylou (Mahia Zrouki) qui fête ses 20 ans. En fait les Azizi sont leur personnel à tout faire. Évidemment, les Trousselard n’étant sur place qu’environ trois mois par an (le reste du temps ils vivent à Paris), l’été les Azizi leur servent de domestiques, de femme de ménage, d’homme à tout faire, etc.


Tertio : Si Mehdi est reçu cordialement, on sent vite que l’ambiance peut virer. Il offre un petit présent à Laure qui après le rituel « Il ne fallait pas » lui dit qu’il faudra qu’elle lui donne un euro (soi-disant pour éviter que ce présent lui porte la poisse). Notre idée de la mentalité générale se renforce quand on voit plus tard (déjà plus ou moins trop tard) qu’elle lui donne une pièce de 0,50 euro ! D’autre part le fait que Mehdi dise « Bon appétit » est malvenu. Il aurait mieux fait de ne rien dire lui explique Garance en tête-à-tête dans la piscine. Les impressions se renforcent lorsque Laure discute avec Mehdi à propos de son avenir. Dans la vie il faut savoir se faire sa place et donc remercier à tout bout de champ comme il le fait est un signe de faiblesse. C’est peut-être bien la raison pour laquelle, Garance qui suit les traces sa mère comme actrice tente de dépasser son point faible : elle n’arrive jamais à pleurer sur demande. Pourtant, sa mère tente de la mettre en condition en tirant parti de son expérience personnelle, avec l’adagio d’Albinoni pour l’ambiance. Ceci dit, Garance finira par y arriver, mais en situation. Gageons qu’à l’avenir, elle saura retrouver ses impressions du moment pour faire carrière…


Quarto :


Le vrai souci émerge rapidement. Plusieurs situations, assez variées, montrent que les Azizi ne supportent pas le côté prétentieux de leurs employeurs. Cela va des exigences vestimentaires à la façon de s’exprimer de Philippe qui cherche à afficher sa supériorité intellectuelle, alors qu’elle est surtout financière. La cote d’alerte est dépassée lorsque, un soir, Tony s’enivre et balance ses quatre vérités, allant beaucoup trop loin. Du coup, Philippe décide de virer la famille Azizi sur le champ. Sauf qu’ils ne l’entendent pas de cette oreille. Entre l’arrogance des uns et l’assurance de leur bon droit des autres (côté Azizi, certains arguments donnent à réfléchir) le ton va vite monter jusqu’au point de non-retour. Cela nous vaut de nouvelles scènes de comédie grinçante.


Quinto : Bien entendu, personne ne veut céder. Alternent alors diverses tentatives de négociations et d’intimidation. De par ses origines, Mehdi se trouve entre les deux feux. Alors, lui aussi tente de trouver le moyen de négocier. Il sort de ses études d’avocat, en attente d’un stage. D’où une certaine légitimité.


Sexto : Ce film fonctionne très bien, ne perdant jamais le fil des péripéties. Malgré un nombre de personnages non négligeable, il fait monter la tension dramatique, constamment sur le ton de la comédie grinçante (un peu à la manière d’un Chabrol) et on s’amuse beaucoup. Cela est dû à la qualité des dialogues, à une mise en scène qui profite bien de cette action quasiment en vase clos et surtout au jeu des comédiens qui surprennent régulièrement et qui ont dû bien s’amuser sur ce tournage, en dépit de sa brièveté (trois semaines, annonce le réalisateur, Antony Cordier). Le scénario cosigné Jean-Alain Laban et Steven Mitz, adapté par Antony Cordier et Julie Peyr s’arrange pour faire évoluer régulièrement la situation. L’aspect grinçant est parfaitement assumé, jusqu’à un final qui réserve un vrai coup de théâtre. La musique signée Clémence Ducreux et la photographie de Nicolas Gaurin contribuent à cet ensemble.


Septimo : La classe moyenne sait par où elle est passée. Ses représentants (dans le film) ont fait des efforts pour arriver à un certain niveau : ils ont joué des coudes sans scrupule. Alors, comment s’étonner qu’ils fassent tout pour ne pas perdre leur jolie situation. Dès qu’il est question d’argent ils se révèlent d’âpres négociateurs. Et même lorsque les prix flambent, ils sont capables d’évaluer rapidement où se situe leur intérêt. De leur côté, les représentants de la classe inférieure ne perdent pas le nord. Au-delà d’une certaine somme, ils peuvent dire oui quasiment à tout. Mais ils tiennent avant tout à leur dignité. Alors, vis-à-vis de ces arrivistes de la classe moyenne qui, en plus, voudraient faire reconnaître un certain mérite, eux aussi s’avèrent d’âpres négociateurs. Pour ce qu’ils ont à perdre… D’où l’explosivité de la situation. Ceci dit, tout cela n’est pas franchement nouveau. La position la plus intéressante à observer est celle de Mehdi, qui se situe entre les deux, avec l’envie d’intégrer cette fameuse classe moyenne, en jouant de ses origines et de ses compétences. Le film montre que son ambition se heurte à ce qu’on pourrait appeler l’ordre établi que ses représentants font tout pour maintenir. La fin ne viendra pas contredire ce principe.

Electron
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le 22 sept. 2025

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