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Bile des esclaves
La comédie française est tellement phagocytée par les clichés qu’il devient assez difficile de savoir lesquelles mériteraient un visionnage. Le pitch de Classe moyenne, qui voit s’affronter les...
le 29 sept. 2025
La comédie française est tellement phagocytée par les clichés qu’il devient assez difficile de savoir lesquelles mériteraient un visionnage. Le pitch de Classe moyenne, qui voit s’affronter les employés de maison et le couple de leurs patrons dans une luxueuse villa du sud de la France, le tout porter par un casting all-star, ne présage pas forcément une sortie des sentiers battus. L’exigence de certains comédiens dans des comédies plus caustiques (Laure Calamy et Laurent Lafitte notamment) et la sélection à la Quinzaine des cinéastes 2025 peuvent néanmoins être considérés comme des signes encourageants.
Classe moyenne n’évite pas certaines lourdeurs, mais la caricature est bien entendu le moteur premier de son intrigue : opposer les camps, en allant chercher la médiocrité aux deux pôles. Les riches déconnectés contre les prolos un brin magouilleurs, agités dans un conflit où la tension monte à mesure que les masques tombent et que le mobilier vole en éclat.
Pour que la proposition gagne en qualité, il faut donc compter sur la partition des comédiens, tous excellents. Lafitte a toujours su jouer les salopards avec une verve délicieusement détestable, et Laure Calamy incarne à merveille la personne à qui l’on sert une occasion unique de profit et de jubilation. Son personnage oriente certaines séquences vers une sensualité revancharde qui permet à la comédie de gagner en chair, de faire se mouvoir les corps avant de les malmener.
Cette idée d’une jouissance dans l’affrontement est en réalité le fil rouge d’un récit où l’on radiographie une société désormais incapable de consensus, et dans laquelle la polarisation aboyée est l’unique moyen de communication. Le rôle de médiateur du jeune avocat est ainsi le plus complexe à tenir – et le destin qu’on lui réserve est particulièrement révélateur de la situation actuelle.
On pourrait certes s’interroger sur le message délivré par ce dénouement vachard et acerbe, qui pourra faire penser aux pirouettes misanthropes d’un Ruben Östlund. Mais cette noirceur se trouve compensée par un regard plus fin sur ses personnages, notamment par la réflexion portée sur le personnage de la fille, népo-aspirante actrice incapable de jouer les larmes : d’enfant gâtée à garce, de fille de à séductrice, elle reproduit tout un schéma social dans lequel le jeu est au centre des négociations : mentir, s’imposer, séduire, et, surtout, jouir de sa performance.
(6.5/10)
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le 29 sept. 2025
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