La comédie française est tellement phagocytée par les clichés qu’il devient assez difficile de savoir lesquelles mériteraient un visionnage. Le pitch de Classe moyenne, qui voit s’affronter les employés de maison et le couple de leurs patrons dans une luxueuse villa du sud de la France, le tout porter par un casting all-star, ne présage pas forcément une sortie des sentiers battus. L’exigence de certains comédiens dans des comédies plus caustiques (Laure Calamy et Laurent Lafitte notamment) et la sélection à la Quinzaine des cinéastes 2025 peuvent néanmoins être considérés comme des signes encourageants.


Classe moyenne n’évite pas certaines lourdeurs, mais la caricature est bien entendu le moteur premier de son intrigue : opposer les camps, en allant chercher la médiocrité aux deux pôles. Les riches déconnectés contre les prolos un brin magouilleurs, agités dans un conflit où la tension monte à mesure que les masques tombent et que le mobilier vole en éclat.

Pour que la proposition gagne en qualité, il faut donc compter sur la partition des comédiens, tous excellents. Lafitte a toujours su jouer les salopards avec une verve délicieusement détestable, et Laure Calamy incarne à merveille la personne à qui l’on sert une occasion unique de profit et de jubilation. Son personnage oriente certaines séquences vers une sensualité revancharde qui permet à la comédie de gagner en chair, de faire se mouvoir les corps avant de les malmener.


Cette idée d’une jouissance dans l’affrontement est en réalité le fil rouge d’un récit où l’on radiographie une société désormais incapable de consensus, et dans laquelle la polarisation aboyée est l’unique moyen de communication. Le rôle de médiateur du jeune avocat est ainsi le plus complexe à tenir – et le destin qu’on lui réserve est particulièrement révélateur de la situation actuelle.


On pourrait certes s’interroger sur le message délivré par ce dénouement vachard et acerbe, qui pourra faire penser aux pirouettes misanthropes d’un Ruben Östlund. Mais cette noirceur se trouve compensée par un regard plus fin sur ses personnages, notamment par la réflexion portée sur le personnage de la fille, népo-aspirante actrice incapable de jouer les larmes : d’enfant gâtée à garce, de fille de à séductrice, elle reproduit tout un schéma social dans lequel le jeu est au centre des négociations : mentir, s’imposer, séduire, et, surtout, jouir de sa performance.


(6.5/10)

Sergent_Pepper
6
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Lutte des classes, Vu en 2025, Vu en salle 2025 et Les meilleurs films avec Laure Calamy

Créée

le 29 sept. 2025

Critique lue 1.2K fois

Sergent_Pepper

Écrit par

Critique lue 1.2K fois

18
6

D'autres avis sur Classe moyenne

Classe moyenne

Classe moyenne

6

Sergent_Pepper

3172 critiques

Bile des esclaves

La comédie française est tellement phagocytée par les clichés qu’il devient assez difficile de savoir lesquelles mériteraient un visionnage. Le pitch de Classe moyenne, qui voit s’affronter les...

le 29 sept. 2025

Classe moyenne

Classe moyenne

7

Electron

851 critiques

Fluctuat nec mergitur ?

Primo : C’est l’été et Mehdi El Glaoui (Sami Outalbali) est invité par sa petite amie, Garance (Noée Abita) à séjourner une dizaine de jours dans la résidence secondaire de ses parents, Philippe...

le 22 sept. 2025

Classe moyenne

Classe moyenne

7

Behind_the_Mask

1470 critiques

Cette étrange obsession des locutions latines

La comédie française, ce n'est plus trop ça depuis bientôt Dieu seul sait quand : standardisée par le lourd cahier des charges des cases télévisuelles du prime time, vampirisée par quelques tristes...

le 2 oct. 2025

Du même critique

Lucy

Lucy

1

Sergent_Pepper

3172 critiques

Les arcanes du blockbuster, chapitre 12.

Cantine d’EuropaCorp, dans la file le long du buffet à volonté. Et donc, il prend sa bagnole, se venge et les descend tous. - D’accord, Luc. Je lance la production. On a de toute façon l’accord de...

le 6 déc. 2014

Once Upon a Time... in Hollywood

Once Upon a Time... in Hollywood

9

Sergent_Pepper

3172 critiques

To leave and try in L.A.

Il y a là un savoureux paradoxe : le film le plus attendu de l’année, pierre angulaire de la production 2019 et climax du dernier Festival de Cannes, est un chant nostalgique d’une singulière...

le 14 août 2019

Her

Her

8

Sergent_Pepper

3172 critiques

Vestiges de l’amour

La lumière qui baigne la majorité des plans de Her est rassurante. Les intérieurs sont clairs, les dégagements spacieux. Les écrans vastes et discrets, intégrés dans un mobilier pastel. Plus de...

le 30 mars 2014