Gros coup de cœur inattendu. Cléo de 5 à 7 m’a pris à revers, moi qui aborde souvent la Nouvelle Vague avec méfiance, presque par réflexe. Et pourtant, ici, tout fonctionne. Il y a ce charme d’antan, cette douceur mélancolique, et surtout ce plaisir rare de se promener dans un Paris que je n’ai jamais connu, mais qui semble encore respirer à l’écran.
Le film est d’une simplicité désarmante sur le papier, mais d’une richesse folle dans ce qu’il capte. Le temps réel, l’attente, l’errance, les regards, les silences. Agnès Varda filme Cléo comme on observe quelqu’un qui se découvre elle-même, presque malgré elle. Derrière la coquetterie et la superficialité apparente, il y a une vraie angoisse existentielle, très moderne finalement, qui affleure peu à peu. Le film ne force jamais l’émotion, il la laisse venir, tranquillement, et c’est précisément ce qui le rend si attachant.
Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est cette sensation de documentaire poétique, cette manière de capter une époque, des visages, des rues, une ville vivante, loin de toute posture théorique ou provocatrice. Contrairement à d’autres figures emblématiques du mouvement, Varda ne cherche pas à déconstruire pour déconstruire. Elle raconte, elle observe, elle accompagne. Et ça change tout.
Je dois le reconnaître, ce film contribue à réconcilier peu à peu mon regard avec la Nouvelle Vague. Après Les 400 coups, Jules et Jim, et maintenant Cléo de 5 à 7, une autre image se dessine, plus humaine, plus sensible. À l’inverse, mon rejet instinctif devient plus clair : ce n’est pas tant la période que je n’aime pas, mais Godard et ce qu’il incarne. Le Mépris m’a profondément laissé de côté, À bout de souffle reste correct surtout grâce à ses acteurs, sans jamais m’emporter. Ici, rien de tout ça. Pas de pose, pas de démonstration : juste du cinéma qui respire, avec des acteurs qui jouent bien, une mise en scène et une image soignées, le tout porté par une bande sonore idoine, non putassière.
Cléo de 5 à 7 est un film modeste, élégant, profondément incarné, qui touche sans hausser la voix. Un vrai moment suspendu, délicat, presque intime, qui donne envie de continuer la rétrospective et de creuser encore cette époque, finalement bien plus riche et nuancée que je ne le pensais. J'ai passé un très agréable moment et je vais continuer à combattre certains de mes préjugés.
A découvrir!!