Judith (Nathalie Baye), la cinquantaine, présente une émission de télé achat. Elle est séparée de son mari (Richard Berry) depuis plusieurs années, et vit seule dans un grand appartement en face de l'appartement de sa sœur (Josiane Balasko), qui se trouve également être sa meilleure amie et une de ses collègues de travail.

Pour le sentiment (si on peut dire), Judith a recours un site d'Escort boy. C'est ainsi qu'elle fait la connaissance de Marco (Éric Caravaca), lequel loue ses charmes sous le pseudonyme de Patrick.

Marco travaille accessoirement sur des chantiers en intérieur, et il est marié avec Fanny (Isabelle Carré), qui ignore tout des activités annexes de son mari. La jeune femme vient d'ouvrir un salon de coiffure dont elle doit payer les traites, ce qui la monopolise et la stresse particulièrement. Qui plus est, la vie à la maison n'est pas de tout repos puisque Marco et Fanny n'ont pas les moyens d'avoir leur "chez eux". Ils vivent chez la mère de Fanny (Catherine Hiegel) en devant supporter tant bien que mal Karine (Marilou Berry) la petite sœur de Fanny.

Devant payer une partie des factures de belle-maman, et souhaitant aider sa femme à s'acquitter des traites du salon, ce n'est donc pas par vice, mais par nécessité que Marco se change plusieurs fois par semaine en Patrick.

Bien évidemment, sa rencontre "professionnelle" avec Judith ne va pas être une rencontre comme les autres.


Si on excepte le rap indigeste du générique (qu'on doit se fader encore deux ou trois fois pendant le film), et la présence de Marilou Berry qui ne sert strictement à rien, mais à qui il fallait à tout prix que sa maman donne un rôle (des fois qu'avec son manque de talent, elle ne parvienne pas à devenir actrice), le réel problème de ce film est qu'on rate le vrai bon film.

Peut-être par timidité, mais surtout, à mon avis, par lâcheté en tournant le dos à un traitement beaucoup moins grand public.

Déjà, le thème, casse-gueule au possible, pouvait rebuter les spectateurs et faire fondre comme neige au soleil les espoirs d'entrées en salle. Mais s'il avait fallu, en plus, que le sujet soit traiter davantage en profondeur avec des images raccords au propos, on risquait carrément de perdre le financement télévisuel. Ah ! Comme elle est loin l'époque des grands producteurs indépendants qu'étaient, en autres, Raymond Danon, Robert Dorfmann, Christian Fechner, Jacques Bar, ou Claude Berri, capable de se ruiner pour un projet et un créateur en lesquels ils croyaient sans se soucier du "ça pourra passer en première partie de soirée sur le petit écran ?". Ils faisaient du cinéma, pas du prime time.

Parce que là, à moins d'être une rosière invétérée ou un vieux garçon romantique atteint du syndrome de Peter Pan, je ne vois pas comment on peut être choqué par ce qu'on voit.

Entendons-nous-bien, je ne regrette pas l'absence de scènes pornographiques entre un homme jeune et une femme qui pourrait être sa mère voire sa grand-mère. Je regrette que Balasko ait choisi l'option "tous publics" (je mets tout de même des guillemets car il y a peu de chance que des gens normaux montrent ce film à leurs enfants en connaissant le sujet) sur quelque chose qui méritait l'interdiction au moins de 18 ans aussi bien sur le fond que sur la forme.


On dit que Balasko a toujours mis les pieds dans le plat en choisissant des sujets tabous (avec Gazon maudit notamment). Forcé de constater que sur ce coup, elle s'est dégonflée.

Éric Caravaca est très convainquant en gigolo et le piège qui aurait consisté à choisir un apollon pour le rôle a été évité. En revanche, si Nathalie Baye (pour qui, d'ailleurs, j'ai regardé le film) est impeccable, c'est pour moi une erreur de casting. Pour peu que son Escort boy aime les femmes mâture, encore belle, bourgeoise, et qui ont de la classe, il n'aura aucune difficulté à la désirer.


Moi, ce que j'aurais voulu voir c'est comment un mec qui aime sa femme et qui veut l'aider financièrement en vient à devoir vendre son corps, non pas à des femmes qui restent séduisantes, mais à des vieilles peaux imbaisables qui n'ont plus que ce recours désespérés (et ici le désespoir de Judith est à peine effleuré) pour s'offrir un peu de bon temps, uniquement parce qu'elles ont de l'argent.

Moi, ce que j'aurais voulu voir c'est un homme de trente ans nu dans un plumard qui essaye de trouver une stimulation (l'argent ne permet pas toujours de bander), afin de pouvoir satisfaire sexuellement une femme de 65 ans, nue également, qui a pu être très désirable mais qui ne l'est plus (le temps qui passe est misogyne), et qui, elle, essaye de se convaincre que la tendresse, l'affection et la complicité qu'elle reçoit ne sont pas dus qu'à la liasse de billets qu'elle a déposé sur la table de nuit, mais aussi un peu à sa personnalité.

Moi, ce que j'aurais voulu voir c'est ce qu'il se passe après, quand ils se quittent. Quand l'homme passe la soirée avec sa femme alors qu'il a les poches pleines de l'argent d'une autre, de l'amour plein les yeux, mais des mensonges plein la bouche. Quand la cliente s'est remise de son plaisir et qu'elle retrouve sa solitude, sa vieillesse, son grand appartement vide, son miroir dans lequel elle se voit telle qu'elle est et non plus telle qu'elle a bien voulu croire qu'un homme de trente ans de moins qu'elle lui a fait croire qu'il la voyait quelques heures plus tôt.

Moi, ce que j'aurais voulu voir ce sont des corps féminins flaques, des belles fesses d'hommes, des compliments joués, des larmes qui défigurent, de la honte qui se dégueule, du désir qui vous relance, du professionnalisme qu'on maquille de faux sentiments. Un monde pourri par le temps qui passe et le besoin d'argent avec au milieu des corps qui jouissent sans s'aimer.

Moi, ce que j'aurais voulu voir c'est du pathétique et de la cruauté.


Et qu'on ne vienne pas me dire que ça n'aurait pas été cinématographique. Ce cinéma là a existé. Et il y a des sujets qui se prêtent à le faire renaître.

Ce qui m'agace le plus c'est cette époque qui nous empêche d'avoir des films différents, irrévérencieux, dérangeants, provoquants, iconoclastes. Cela ne garantie pas le chef-d'œuvre, certes, mais il n'a jamais été question de ça.

Simplement, de voir autre chose, autrement, de se sentir un peu sale, un peu coupable, assis en fond de classe loin des bons élèves trop propres et trop sages qu'on finit par leur en vouloir sans les détester.


Cliente est un film qui se regarde alors je l'ai regardé. Bientôt, je l'aurai oublié. Je lui ai mis la moyenne parce que je l'ai trouvé moyen. J'aurais préféré le trouver très bien.

fran781
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le 25 avr. 2026

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