On ne compte plus les polémiques soulevées par les nombreux films de Spike Lee. Accusé de défendre parfois à outrance la communauté afro-américaine, le cinéaste fut même un temps taxé de racisme anti-blanc. Si certaines de ses oeuvres peuvent en effet parfois tourner à la caricature, il y en a d’autres qui confirme le caractère infondé d’un tel jugement. «Clockers» fait assurément partie de ces films qui tentent justement de remettre un peu d’humanité au coeur d’une société éclatée, en pleine déliquescence.
C’est Martin Scorsese qui devait initialement produire et mettre en scène cette libre adaptation du roman éponyme de Richard Price mais occupé par le tournage de «Casino», il décida de confier le projet à Spike Lee, convaincu de sa capacité à traiter un tel sujet.
Si le personnage de Rocco Klein (interprété par Harvey Keitel) était à la base, au centre de ce dramatique engrenage, Lee choisit lui de mettre en avant le jeune Strike, un petit dealer pris en tenaille entre un «parrain» manipulateur et sans scrupules et un flic tenace.
Le film commence fort avec un générique nous montrant des images quasi insoutenables de victimes réelles de cette interminable guerre de la drogue. Une façon pour Lee de faire immédiatement comprendre au spectateur que ce qui va suivre n’est pas qu’une simple fiction mais le quotidien tragique de nombreux quartiers.
La suite ? tout simplement admirable. Lee laisse tomber ici son habituel militantisme pour nous dresser le portrait juste et impartial de personnages particulièrement bien dessinés. On s’attache, on se révolte, on vibre à chaque moment avec eux, immergés dans ce spectacle de désolation parfaitement interprété et mis en scène. Mais si un sentiment d’impuissance et de tristesse plane tout au long du film, il finit tout de même sur une note d’espoir véritablement salutaire.
On en ressort littéralement bousculés mais aussi contents d’avoir enfin vu un film aussi réussi autour de ce dramatique fait de société plus que jamais d’actualité.