Véritable cinéaste contestataire (qui n’a jamais trouvé de véritable successeur), Yves Boisset signe ici son film le plus personnel, restant à ce jour, son préféré.
Passionné par le livre antimilitariste d’Yves Gibeau depuis sa jeunesse et ses années difficiles au sein de l’armée, Boisset mettra vingt ans pour le mettre en images en y investissant toutes ses économies, l’armée et l’état français ne voyant pas d’un bon œil une telle production.
Boisset reprend donc la trame du libre de Gibeau se situant à la veille de la seconde guerre mondiale, au cœur des écoles d’enfants de troupe qui formaient de la manière la plus dure, la jeunesse de notre patrie aux « joies » militaires.
Au final, Boisset nous livre un film sans concessions, appuyant clairement le sentiment hostile de Gibeau envers les institutions militaires au travers le portrait d’un jeune adolescent « rebelle », sorte d’autoportrait de l’écrivain et du cinéaste.
Comparant ces écoles à l’univers carcéral, Boisset dénonce de manière parfois extrême, une institution brutale et inhumaine qui pousse à l’autodestruction. Une prison que le jeune Chalumot ne pourra jamais vraiment quitter, obligé le jour de sa « libération », de partir au front au début de la guerre.
Le style direct et partisan de Boisset peut en irriter certains mais force est de constater que son cinéma est des plus efficaces, engagé à dénoncer toute forme d’autorité, aussi stupide soit –elle.
Une véritable incitation à la rébellion qui n’oublie pas non plus, d’égratigner l’Eglise, autre symbole d’une autorité sociale que Boisset rejette en bloc. Mais une rébellion qui aura ses limites comme en atteste la morale finale et la récupération par l’armée de la mémoire du jeune homme.
C’est le jeune Lucas Belvaux (devenu depuis, un très bon réalisateur) qui incarne à merveille cet adolescent rebelle, prisonnier d’un système dans lequel son père (superbe Jean Carmet), ancien militaire, l’a entrainé de force.
Véritable échec commercial à sa sortie, ce film reste un témoignage certes militant mais extrêmement poignant et passionnant, magnifiquement interprété. Un cinéma qui manque comme jamais de nos jours.