Clown intéresse par sa façon de rendre hommage à l’art du costume et aux métiers associés, en ce que le vêtement ancestral revêtu par un brave père de famille lui colle à la peau jusqu’à annihiler sa personnalité au profit de celle d’un démon tout aussi ancien, métaphore de la tradition millénaire du déguisement dans un cadre religieux, théâtral ou récréatif. La transformation de Kent advient ainsi (presque) exclusivement par la fusion du textile et de la peau, de la confusion d’une perruque multicolore et des cheveux véritables, le rendant marginal et ainsi contraire aux dégradations commerciales du clown récupéré par l’industrie du divertissement américaine (gâteau d’anniversaire, banderoles…). Le voir errer de maison vide en maison vide – agent immobilier oblige – fait naître un sentiment de compassion d’autant plus déstabilisant qu’il grandit aux côtés de sa monstruosité et de l’interdit qu’il transgresse relatif aux enfants. On regrettera cependant que l’épouse ne dispose pas, quant à elle, d’une écriture suffisante pour porter la dernière partie du récit, opportuniste et peu crédible alors même qu’elle devait constituer le contrepoint familial face à la faillite du masculin.