C’est vrai qu’à part Bringing out the Dead de Scorsese (et très vite fait le Ambulance de Michael Bay), on a rarement eu de film nous immergeant dans le métier d’ambulancier. Quand c’est pour parler des docteurs en tout genre, là il n’y a pas de soucis, même les légistes ont le droit à leurs œuvres. Mais pour les premiers sur le lieu, les témoins originels de la majorité des drames, pas grand chose à se mettre sous la dent.
Alors voilà qu’arrive Code 3, porté par un Rainn Wilson (Dwight de The Office) méconnaissable, et nous livrant son récit dans un humour noir, désabusé, pour mieux critiquer l’état de fait que l’on connaît tous : le secteur du soin est en crise. Et vu que les ambulanciers sont au bas de l’échelle dans le secteur, ils sont là aussi les premiers à en prendre plein les dents. Sous payés, dans une tension permanente, en danger sur les interventions, ils sont face aux aspects les plus sombres de l’homme. Et tout ça pour une reconnaissance absente, même pas applaudis à 20h car ne possédant pas le bon diplôme.
Un peu à la manière de The Pitt, Code 3 dresse un panel de tous les cas possibles sur un laps de temps raccourci (un service de 24h). De quoi mettre en exergue les nombreuses déficiences d’un système en bout de course : manque de valorisation de ces femmes et hommes qui sauvent nos vies, souffrances qui auraient pu être évitées mais qu’une police d’assurance invalide inflige, prise en charge insuffisante des troubles mentaux (dans une scène très dure), manque de coopération des autres organes gouvernementaux (en l'occurrence, les flics), et bien évidemment, un budget étatique décorrélé des réels besoins menant à des pénuries de personnel. Et le tout avec une pédagogie bienvenue sur les tenants et aboutissants du métier.
Sur un métier qui vous dépossède de tout pouvoir sur la vie et la mort des patients que vous faites rentrer dans votre ambulance, leur sort reposant sur un écrasant facteur chance, se rendre compte que l’on aurait pu avoir une influence suffisante pour faire pencher la balance dans le bon sens si l’on nous avait fourni les bons outils a quelque chose de rageant.
Pas étonnant alors que tous les personnages décident de couper les ponts avec leurs émotions. Que Randy passe l'entièreté du film au bord de la crise. Quand on gave des porcs déjà bien nourris au lieu de subvenir aux besoins essentiels de toute société, c’est qu’on fonce droit dans le mur.
Et si le final de Code 3 se veut plus léger, pour ne pas rester sur une note amère, le message n’en est pas moins clair, et consistant avec les observations que tous les bords censés font de la marche d’un monde cassé.