Considéré par l’historien Patrick Brion comme le premier polar de l’histoire du septième art, The Musketeers of Pig Alley intéresse pour plusieurs raisons. D’une part, rappeler si besoin la virtuosité avec laquelle D. W. Griffiths conçoit un récit par les outils et techniques du cinéma alors en expérimentation, puisque ses images et les mouvements qui les animent – tant ceux des comédiens et figurants que ceux de l’appareil – suffisent à faire comprendre les actions et leur nécessité dramatique. Deux scènes restent en mémoire après visionnage : une déambulation dans les rues commerçantes de New York, durant laquelle une jeune femme capte l’attention du cinéaste ; un règlement de comptes où culminent les tensions entre deux communautés rivales, avec échanges de coups de feu et nuages de fumée. D’autre part, le souci d’inscrire le milieu du gang et de la mafia dans une histoire de la dissidence politique : les gangsters s’engagent ainsi dans ce qu’un carton de texte nomme « guerre féodale », deviennent des « mousquetaires » au service d’un suzerain soucieux d’imposer sa loi. Face à eux se dresse l’innocence, incarnée en un couple de braves mariés vivant dans la misère et ainsi mis à l’épreuve. La rédemption du voleur et la réunion, à terme, des époux et d’un ami nouvellement fait orchestre une clausule heureuse encore éloignée de la tonalité tragique que prendra, une fois codifié, le genre du polar.