Là où un tel sujet, sur une si longue période, appelait la fresque, Cold war est plutôt une épure. On peut être décontenancé par la rapidité des enchaînements, ce qui entraîne une certaine froideur, mais à son meilleur, cela permet de donner paradoxalement plus de forces aux sentiments. C'est que, pour se déployer avec si peu de moyens, ils doivent puiser dans leur propre force. Ainsi de la scène finale qui atteint une beauté qu'un pathos larmoyant aurait désamorcée en la soulignant outrancièrement.
Le noir et blanc est trompeur, qui laisse attendre un film d'un formel classicisme, alors qu'il commence d'une manière presque documentaire, à la rencontre du folklore des campagnes polonaises.
Et puis, il y a la beauté des musiques, notamment à Paris cette si belle reprise de la chanson populaire en standard de jazz langoureux.
Les personnages sont admirablement décrits à peu de frais : une ligne de dialogue suffit à montrer la détermination du personnage féminin, tandis qu'un échange de regards suffit à démontrer la lâcheté du personnage masculin.
C'est sur l'intelligence du spectateur que parie Pawel Pawlikowski : le risque était de rendre l'ensemble trop froid, trop cérébral. Il n'en est rien.