Film disponible sur outbuster.com
"Colegas" s'inscrit dans un genre de cinéma dit "quinqui", un terme argotique espagnole qui désigne les vendeurs de "quinquallerie" qui baignent dans un univers très pauvre où la jeunesse de ces milieux-là s'amène parfois à la prostitution pour survivre.
Eloy de la Iglesia, c'est ce réal qui a édifié ce genre "quinqui" avec sa célèbre trilogie "Colegas", "El Pico" et "El Pico 2". Dans ces trois films, le thème de la drogue et de la prostitution se filme sous le soleil implaccable d'une Espagne post-franquiste détournée de la jeunesse. Les paysages sont grandiosement laids, les jeunes n'ont pas de travail et s'ils en trouvent, c'est pour jouer à la mule au service d'escrocs et de dealers. Si l'héroïne est le personnage central de "El Pico" et sa suite, elle reste en retrait dans "Colegas", qui explore plutôt les déboirs de deux jeunes adultes qui luttent pour réunir de l'argent afin de payer l'avortement de Rosario, la dernière du trio. Rupture avec la famille, honneurs bafoués, trafique d'enfants, volonté d'émancipation et de liberté freinée par la pauvreté... impossible de fuir la lumière aveuglante de la situation. Il fait constamment beau dans "Colegas", beau et chaud. Trop chaud pour des personnages qui transpirent la détresse, quand ils ne tournent pas en rond d'ennui.
Dans cette trilogie, c'est "Colegas" qui illustre le mieux l'art qu'a Eloy de la Iglesia de filmer les corps masculins. Son acteur fétiche José Luis Manzano est souvent torse-nu.
La scène la plus dérangeante du film est sans doute celle où, entouré de ses frères, son personnage discute tranquillement de vol et de sexe, alors que les deux autres se masturbent.
Mais à aucun moment Eloy de la Iglesia ne devient lubrique, préférant rester en retrait, adoptant presque une esthétique documentaire, tout en restant maître du positionnement des acteurs dans le cadre.
Pour + d'infos sur le cinéma quinqui et Eloy de la Iglesia, nous vous invitons à lire cette super analyse de "colegas" juste là.