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Colegas est un curieux film quinqui en ce que son récit et les personnages qui l’animent s’efforcent de s’extraire de ce contre-modèle de marginalité en invalidant systématiquement les portes de sortie chimériques offertes par proches et mafieux : se prostituer dans des saunas, passer de la drogue depuis le Maghreb, vendre l’enfant que porte Rosario, voler la caisse de magasins, cran d’arrêt à l’appui…Le mouvement d’ensemble est celui d’une fuite, en témoigne la chanson qui encadre notre histoire, chantée par Antonio et ses camarades, répétant encore et encore la « grosse envie de partir d’ici » ; l’esthétique néoréaliste, en ce qu’elle observe le quotidien de gens ordinaires et le retranscrit simplement, diffuse un lyrisme puissant et se subordonne à la beauté brute de corps qui se mettent à nu de façon naturelle sans accepter l’artifice (les transactions marchandées dans les bains ou dans les bars).
Eloy de la Iglesia s’empare des mutations politiques et sociales de son pays, les applique à l’univers mental d’adolescents projetés dans le monde adulte alors qu’ils appréhendent encore l’existence comme un jeu – citons ici la séquence d’ouverture, captant des images de bornes d’arcade sur lesquelles s’amusent nos protagonistes. Les conflits générationnels, omniprésents, traduisent l’incompréhension de jeunes hommes et femmes pour lesquels la société n’a rien à offrir : la communication est rompue, les parents s’obstinent à maintenir un ordre obsolète, méconnaissent jusqu’aux activités illicites de leurs enfants (cf. le frère de José), la transmission entre frères et sœurs est encombrée, à l’image de la chaussette usagée où se soulager sans que « la vieille » ne le remarque.
Œuvre mélancolique et tragicomique, Colegas oppose au désespoir ambiant une vitalité de corps et de parole : l’amitié et l’amour triomphent de tout, s’accomplissent envers et contre la solitude qui menace, à chaque instant, d’engloutir l’individu seul dans le chantier d’une reconstruction politique sans fin.
Créée
le 29 juil. 2025
Critique lue 21 fois
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