Un bon réalisateur se révèle toujours assez tôt en fait, et Jonathan Demme en fait partie.
Dans ce film de l'écurie Roger Corman, il met en scène avec une solide détermination Tom Hunter, homme calme mais au fond révolté, bien interprété par Peter Fonda, qui après une rupture retourne avec son jeune fils s'occuper du ranch familial. Il se heurte aux ambitions dévorantes d'un entrepreneur minier aussi salopard qu'influent. ce dernier n'hésite devant aucune bassesse pour chasser les braves éleveurs de leurs terres.
Dans un film brutal qui est aussi une critique du capitalisme étatsunien des années 1970, associant pouvoir politique et pouvoir de l'argent dans l'appropriation des terres contre les populations qui y vivent depuis plusieurs générations. Les plus théoriciens y verront une vision de la façon dont les Etats-Unis se sont construits, une population après l'autre (les colons contre les natives, les descendants des "fondateurs" contre les autres européens, puis contre les noirs…). On peut également noter la représentation hostile aux entreprises minières qui détruisent les sols et les paysages ; même leurs employés sont des brutes stupides contre des ruraux écolos (mais pas hippies).
Pour les autres, l'espèce de populisme du petit contre le gros frise la caricature sociale – encore que par les temps qui courent outre-Atlantique, j'hésite sur ce point –, mais le film se suit avec intérêt. Les situations sont un peu répétitives, mais l'ensemble est suffisamment rythmé pour ne pas trop décrocher, et si on perçoit le film sous influence comme toujours chez Corman (ici Peckinpah ou Boorman), l'effort pour ne pas sombrer dans la pâle copie est notable.