J'ai un petit faible - c'est une litote - pour les films avec des frangins. Surtout si on sent que ça va mal finir. Je ne sais pas pourquoi. Comancheria m'a rappelé The Indian Runner de Sean Penn, par ces deux frères si différents mais si liés l'un à l'autre. Sauf que dans Comancheria, c'est le frère aîné qui est la tête brûlée et le cadet qui est resté dans le droit chemin.

On sent la même mélancolie qui plane sur les frères Howard, celle de voir deux frères qui s'aiment mais qui sont voués à voir leurs chemins se séparer. Leur amour fraternel ne pourra rien contre le destin. Tanner l'aîné (Ben Foster) a été élevé dans la violence et a fini par tuer son ordure de père. Il a 39 ans et sort de dix ans de prison pour son crime. Il est explosif et a envie de se battre contre le monde entier. Toby le cadet (Chris Pine) est plus doux et ne recherche pas la violence.

Refusant la mainmise de la banque sur la ferme familiale, les deux frères, tels des bandits de western, vont s'embarquer pour une série de hold-up dans les banques de la région et ils auront à leurs trousses un vieux shérif expérimenté et tenace (Jeff Bridges) sur le point de prendre sa retraite.

Je ne spoile rien quand je dis que ça se finira mal pour le frère aîné et bien pour le cadet, parce qu'on s'en doute dès le début. Et c'est ce qui donne une atmosphère nostalgique et mélancolique au film. On sait que ces deux frères seront séparés malgré leur amour. Même Tanner le sait. Il participe à cette virée comme à un baroud d'honneur, une dernière chevauchée meurtrière avant de partir. L'occasion pour lui de s'amuser une dernière fois et d'aider son frère. Il sait très bien qu'il n'a aucun avenir. Sa mort est très belle et marquante. Il est interrompu net pendant la tuerie, sans effusion de sang ni pathos et meurt sur le champ.

Les deux acteurs ont été parfaitement choisis. Ben Foster, physique et intense, bouffe l'écran comme à son habitude, et pour le meilleur. Il fait de son personnage une bombe à retardement, un homme imprévisible, débordant d'énergie et d'une colère prête à exploser. Il utilise à la perfection son regard allumé et sa présence animale. L'absence de charisme de Chris Pine crée un contraste saisissant entre les deux personnages. Le frère cadet fuit autant la violence que son frère la recherche. Il tente en permanence de tempérer et de raisonner son frère aîné. Les rôles sont presque inversés : c'est le petit frère qui s'inquiète et cherche à protéger son grand frère. En fait, on a l'impression que la maturité est inversée. Tanner est un grand gamin immature qui rejette le système et joue au cowboy. Comme un desperado de western, il vit seul, ne possède rien et n'a aucun avenir. Son jeune frère, à l'inverse, est plus mature, raisonnable et affronte le système qui veut le priver de sa ferme. Son avenir, ce sont ses fils à qui il transmettra la ferme familiale. Il a une raison de se battre. Son grand frère n'en a aucune pour lui-même.

En face, on trouve un autre duo : Jeff Bridges, vieux shérif désabusé et vanneur, et Gil Birmingham, son collègue qui subit ses vannes. Leur complicité de vieux briscards apporte de l'humour au film.


La mélancolie qui plane sur le film doit beaucoup à la BO de Cave et Ellis. Je ne pouvais m'empêcher de penser à L'Assassinat de Jesse James par le Lâche Robert Ford. Les deux films ont d'ailleurs en commun d'être contemplatifs.

La photo est très belle, gorgée de soleil et de couleurs. Mackenzie filme les routes rectilignes, l'immensité des paysages, mais aussi les petites villes vides et sans charme, des panneaux qui parlent de surendettement, la caravane de Tanner, la ferme des frères Howard laissée à l'abandon, le terrain-dépotoir à l'arrière d'une maison.

Ce film me fait penser à un autre film, Les Brasiers de la Colère, où Scott Cooper montre aussi une Amérique sale et pauvre et le lien très fort entre deux frères.

Créée

le 31 juil. 2026

Critique lue 7 fois

Maîrrresse

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