Compostelle
6.3
Compostelle

Film de Yann Samuell (2026)

Sur le papier, Compostelle promet d’entremêler aventure et cheminement intérieur. À l’écran, il se contente d’un itinéraire trop balisé pour émouvoir.

En France, la justice des mineurs privilégie parfois des alternatives à l’incarcération, comme les marches restauratives : un jeune en difficulté chemine plusieurs semaines aux côtés d’un adulte référent. C’est le point de départ de Compostelle, où Adam (Julien Le Berre), adolescent en rupture, rencontre Fred, institutrice elle-même un peu perdue. Ensemble, ils s’engagent sur les chemins de Saint-Jacques, dans l’espoir d’une reconstruction mutuelle.

Compostelle est un film raté. Très vite, il s’enlise dans une écriture paresseuse et convenue. Le personnage d’Adam peine à exister autrement que comme un cliché : celui de l’écorché vif en quête d’attention, affublé d’attributs caricaturaux. Forcément il aime le rap, sauf que ses références datées sont en complet décalage avec ce que la jeunesse écoute en 2026. On a le sentiment d’un personnage écrit à distance, sans véritable connaissance ni curiosité pour ce qu’il prétend incarner, ce qui est un comble pour un film qui prétend s’inspirer d’histoires vraies.

Le parcours des deux personnages est aussi balisé que le GR 65, le fameux chemin de Saint Jacques. La trajectoire de rédemption, attendue à chaque étape, déroule ses figures imposées sans surprise. À force de cocher les cases, le film épuise l’attention du spectateur autant que les semelles de ses marcheurs.

C’est dommage, car il y a des intentions louables dans le film. À l’heure d’un durcissement du discours sécuritaire, le film tente de rappeler qu’il existe des individus derrière les faits divers, des parcours à comprendre plutôt qu’à condamner. Et surtout, il questionne l’efficacité de l’incarcération, en particulier celle des jeunes mineurs. Les comédiens s’investissent sincèrement, et Yann Samuell cherche à insuffler du rythme à travers une mise en scène parfois inventive (plans de drone, split screens) mais qui se transforme assez rapidement en une succession de tics répétitifs.

Au final, Compostelle échoue à transformer sa noble idée en bon film et confond cheminement intérieur avec itinéraire tout tracé.


el_blasio
5
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le 1 avr. 2026

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