Inspiré de l’histoire authentique de la sanguinaire comtesse Ersebeth Bathory, ce film tardif de la Hammer possède toutes les qualités propres à ce mythique studio anglais. Les décors sont remarquables, avec des souterrains sinistres, une bibliothèque, une auberge ou une cabane dans la forêt typiques des productions Hammer, tout comme sont soignés les costumes, la musique et la photographie. Les acteurs font bien leur job dans des rôles certes typés mais bien dessinés, à commencer par la belle Ingrid Pitt, qui apporte une dimension étonnamment légère à son personnage. Elisabeth ne tue pas par cruauté mais simplement par obligation, lorsqu’elle découvre la beauté et l’insouciance de la jeunesse en même temps que l’amour et le plaisir, autant de bonheurs qui semblent lui avoir échappé jusque là. Il en résulte une œuvre plus proche du romantisme noir que de l’horreur, les scènes gore étant rares et la plupart du temps seulement suggérées ou esquissées, ce qui a valu au film des critiques acerbes de la part des amateurs d’épouvante pure et dure. Effectivement, on ne comprend pas pourquoi la comtesse se contente de se tapoter le visage avec une éponge ensanglantée alors qu’on l’aurait volontiers vue se plonger nue dans une baignoire remplie d’hémoglobine à la façon de Paloma Picasso dans un épisode des Contes immoraux (1974) de Borowczyk, inspiré de la même histoire. Le moins réussi dans ce conte gothique à la sauce anglaise reste le maquillage à la truelle dont est affublé Ingrid Pitt pour la vieillir, un masque tellement visible à l'écran, surtout dans une copie remastérisée en haute définition qu’il prête à sourire au lieu de faire frémir...