Sous sa filiation apparente avec une figure fantastique bien connue, Countess Dracula dévie la trajectoire du vampirisme pour en faire une réflexion, certes sommaire, sur le temps qui passe et la jeunesse qui se fane au passage des ans. La façon qu’a Peter Sasdy d’entremêler deux modèles de féminité joués par la même actrice, chacune étant un cliché à l’opposé de l’autre – une vieille sorcière laide et hargneuse contre une créature fraîche et bien faite à la poitrine aguicheuse –, établit deux pôles entre lesquels se débat une femme perdue et terrifiée à l’idée de disparaître. Elisabeth Nadasdy apparaît d’entrée de jeu comme un personnage condamné à la marge et au désespoir : maudite par les paysans, tenue à l’écart de l’héritage, presque ébouillantée par un bain brûlant, elle doit se battre pour assurer sa survie dans un microcosme dont elle connaît le fonctionnement. Se met alors en place un vaste jeu de dupes qui s’avère plutôt réjouissant en dépit de ses longueurs et de ses répétitions. Nous retiendrons surtout l’ultime cérémonie et le retournement de situation qui s’y produit, injectant une dernière fois du romanesque dans un corps trahi par son apparence physique et pris en horreur par l’assistance.
Nous sommes loin de l’audace esthétique et réflexive de Nosferatu : Phantom der Nacht (Werner Herzog, 1979) ou de Bram Stoker’s Dracula (Francis Ford Coppola, 1992). N’en reste pas moins un divertissement soigné et efficace comme sait en concocter la Hammer.