👉 17 juin : Mise à jour de notre journal de bord (qui devient hebdo)
Le bilan de la nouvelle version du site est accessible ici.

Covid-19 versus MEV-1 : quand la réalité dépasse la fiction

En 2011, neuf ans après l'épidémie de SRAS et deux ans après celle du H1N1, Steven Soderbergh réalisait Contagion. Le film raconte l'émergence d'un virus mystérieux, le MEV-1 et la pandémie qui s'ensuit. Une décennie plus tard, actualité du Covid-19 oblige, Contagion suscite un regain d'intérêt. Si Soderbergh en avait refroidi plus d'un avec sa vision très clinique du sujet, sa description très précise des mécanismes à l’œuvre dans une pandémie de ce type s'avère aujourd'hui tout à fait pertinente. Analyse comparée.

Ce que le film a bien anticipé

Soderbergh s'est appuyé sur un épidémiologiste de renom, Larry Brillant, pour écrire son scénario. Sa mise en scène chirurgicale évite par ailleurs toute forme de lyrisme, conférant à son film une dimension quasi documentaire. Point de héros dans cette histoire mais un film choral où chaque personnage incarne un des maillons de la chaîne de résistance à la pandémie. Ce que Contagion montre très bien c'est le mécanisme de dissémination extrêmement rapide du virus. Une propagation favorisée par l’interconnexion des réseaux commerciaux et touristiques. La contagiosité très élevée du virus, le fameux R-zéro, est ainsi au centre des préoccupations des scientifiques. La sidération qui en résulte, notamment dans cette scène où les responsables prennent la mesure de l'exponentielle virale - et  l'incapacité des politiques à prendre les bonnes décisions sont autant d'éléments que le film montre très bien.

Différence de timing

Dans le film, la vitesse de propagation du virus prend de court les pouvoirs publics. Au 7ème jour, 280 000 cas de MEV-1 sont décomptés et trois semaines plus tard le cap des deux millions de morts est déjà atteint. Par chance le Coronavirus se révèle être un tueur beaucoup moins pressé. Il n'en n'est pas moins dangereux, le temps nous le dira. Dans le film, l'Amérique prend le commandement dans la lutte contre le MEV-1, la réalité montre au contraire à quel point elle a échoué dans son rôle de grande puissance face à la crise du Covid-19. Les Américains, héros du film se retrouvent aujourd'hui, Trump le premier, débordés par un virus qu'ils ont pourtant eu tout le temps de voir venir. Contagion nous rejouait Deep Impact, ce météore déboulant de nulle part, la réalité actuelle nous propose un remake de Titanic : inertie fatale et déni du danger.

Fiction froide

De fait, on peut toujours faire confiance à la réalité pour s'avérer plus improbable que la plus invraisemblable des fictions. Le film montre comment l'opportunisme et l'égoïsme, deux faces d'une même médaille, profitent des situations les plus dramatiques. Le forsythia, remède soi-disant miracle vendu par l'escroc Alan Krumwiede (Jude Law), rappelle  la chloroquine ; et la guerre au vaccin dans le film évoque la bagarre pour les masques dans notre épidémie. En revanche, les scénaristes  font montre de maladresses tout à fait surprenantes. Ainsi, les porteurs du virus semblent ignorer le principe même des gestes barrière, les uns toussant sans retenue au nez de leurs proches, ce dont l'épidémiologiste elle-même se rend coupable, les autres se côtoyant sans protection particulière. De plus, Contagion n'évite pas les poncifs du genre passés au crible d'une mise en scène cliniquement froide. La réalité nous montre une adaptation des populations beaucoup plus inattendue. Pour le meilleur comme pour le pire. Nul chariot rempli à ras bord de papier toilette dans le film de Soderbergh, mais pas davantage de chorales solidaires aux fenêtres, ou de papy allant faire ses courses avec un casque de plongée Décathlon vissé sur la tête. Le diable - et l'humour- se niche dans les détails. Et c'est bien ce dernier qui nous sauve.

7/10

Critique publiée sur le Magduciné

Théloma
7
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de coeur et l'a ajouté à ses listes "Les emmerdes ça vole toujours en escadrille" (spoiler), Pour le MagduCiné et Mon top 1000

il y a 2 ans

51 j'aime

9 commentaires

Contagion
real_folk_blues
3
Contagion

Et pis Demi elle joue pas dans le film

Contagion fait parti de ces films qui laissent un drôle de goût à la fin. Vous voyez sans doute de quel goût je veux parler si vous avez déjà bu un verre d'eau ou mangé de la neige. C'est le goût DU...

Lire la critique

il y a 10 ans

66 j'aime

9

Contagion
Théloma
7
Contagion

Covid-19 versus MEV-1 : quand la réalité dépasse la fiction

En 2011, neuf ans après l'épidémie de SRAS et deux ans après celle du H1N1, Steven Soderbergh réalisait Contagion. Le film raconte l'émergence d'un virus mystérieux, le MEV-1 et la pandémie qui...

Lire la critique

il y a 2 ans

51 j'aime

9

Contagion
-Marc-
6
Contagion

Coup de torchon

Aujourd'hui tous ou presque attribuent le réchauffement climatique aux gaz à effet de serre, les gaz à effet de serre à la pollution, la pollution aux activités humaines. Quelques uns ont franchi...

Lire la critique

il y a 2 ans

27 j'aime

15

L'Anomalie
Théloma
8
L'Anomalie

Perte de sens...critique

Il est assez rare que j’écrive des papiers sur des romans sauf quand il m’ont vraiment emballé ou qu’ils sortent de l’ordinaire. C’est doublement le cas de cette savoureuse Anomalie que je viens de...

Lire la critique

il y a plus d’un an

95 j'aime

13

Ad Astra
Théloma
5
Ad Astra

La gravité et la pesanteur

La quête du père qui s’est fait la malle est un thème classique de la littérature ou du cinéma. Clifford (Tommy Lee Jones) le père de Roy Mac Bride (Brad Pitt) n’a quant à lui pas lésiné sur la...

Lire la critique

il y a 3 ans

94 j'aime

55

Life - Origine inconnue
Théloma
7

Martien go home

Les films de série B présentent bien souvent le défaut de n'être que de pâles copies de prestigieux ainés - Alien en l’occurrence - sans réussir à sortir du canevas original et à en réinventer...

Lire la critique

il y a 5 ans

79 j'aime

17