Cosmos
7.2
Cosmos

Film de Germinal Roaux (2024)

Dernières heures de la vie d’une femme

Cosmos est le récit d'une rencontre improbable : celle de León, paysan d’une bourgade isolée du Yucatán, et de Lena, riche citadine venue retrouver sa vieille demeure familiale pour y vivre ses derniers jours. Il ne sait pas lire l’alphabet, mais il sait lire la nature et les personnes qui l’entourent – êtres humains, autres animaux, autres êtres vivants… Elle est une ancienne professeure de littérature à l’université, sait lire et écrire des livres, mais ne se retrouve pas dans un univers évoquant un passé qui la dépasse.


Une rencontre improbable à tout point de vue, donc, rendue pourtant comme nécessaire par la puissance de la fiction et de la caméra de Germinal Roaux – il semble du reste que cette rencontre rejoue en quelque sorte celle du cinéaste avec un homme, un territoire, une langue et une culture mayas qui lui étaient étrangers avant qu’il se rende dans le Yucatán.


Les deux personnages du film ne sont pas exactement de même statut : l'un est un rôle qu' endosse Ángela Molina, une grande actrice reconnue ; Andrés Catzín joue aussi un rôle, certes, mais c’est son rôle : il est en fait le vrai sujet du film, conçu pour rendre compte autant que possible d’une vision, d’une cosmovision dont Catzín est dépositaire et qu’il transmet à ceux qui le veulent.


Et Lena est de celles et de ceux qui le veulent. Ce n’était assurément pas gagné d’emblée et cela est rendu dans le film par le fait que Lena, à deux reprises, ignore voire nie León. Si le film semble ainsi évoquer deux mondes qui peuvent totalement s’ignorer, il fait basculer les choses par le fait que León, lui, n’ignore pas Lena. Et c’est ce qui permet finalement la rencontre, sous l’égide du porteur d’une (cosmo)vision qui nie les séparations entre les êtres, les espèces, les époques, les stades de la vie et de la mort. En fait, ce que le film fait ressortir, c’est qu’il ne s’agit pas de deux mondes qui se rencontrent : c’est un même monde qui se reconstitue.


Un peu comme le cosmos, cette plante du Mexique que plante León à la demande de Lena, est un élément englobé et englobant dans une réalité cosmique – et là encore, une rencontre : cette pensée maya est ici rendue par des termes occidentaux qui entendaient aussi que tout se répondait dans l’univers, de sa globalité (macrocosme) au plus infime de ses constituants (microcosme), qui sont comme l’image l’un de l’autre.


Comment cela se dit-il en langue maya ? Je ne sais. On l’entend, cette langue, dans la bouche de León, mais pas suffisamment pour qu'y soit dite une philosophie qui se donne à comprendre plus par les gestes, les regards, les silences, les contemplations, les lenteurs de Catzín que par les mots. Et chacun peut y trouver ce qu’il peut et ce qu’il veut : peu enclin aux pratiques religieuses, spirituelles ou magiques, je me suis pourtant bien retrouvé dans ces moments d’intense communion entre les êtres, entre humains et autres vivants, nature et culture, savoir et sensation, vie et mort.


C’est cette communion qui fera accepter la mort à Lena, sous la douce conduite de León – et il n’est pas inintéressant d’observer que leur rencontre se fait aussi sur la représentation de la mort : un crâne pour lui, une gravure illustrant un verset biblique pour elle.


Il faut dire que le dispositif cinématographique de Germinal Roaux le permet : un somptueux noir et blanc qui accentue les contrastes et les fondus, tout en faisant danser les couleurs dans les yeux des spectateurs, tant la photographie est éblouissante ; des plans longs, splendides, qui donnent le temps, non de voir mais de regarder la nature et les personnes ; des ellipses qui concentrent le film sur les moments les plus signifiants – non pour accélérer l'action mais pour au contraire laisser s'installer la lenteur dans les scènes choisies ; des musiques d’une grande variété qui se mêlent aux chants des oiseaux, tout aussi variés.


Je découvre avec ce film Germinal Roaux, pourtant un cinéaste et photographe réputé depuis longtemps. Heureuse rencontre, là encore !

LuigiCamp
10
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le 17 mai 2026

Critique lue 59 fois

LuigiCamp

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