T'ar ta gueule à la mi-temps
Faire de François Perrin, oisif pas forcément très sympathique, le symbole d’une révolte populaire contre les puissants, c’est aussi couillu qu’efficace. Dans le film de Jean-Jacques Annaud, personne, ou presque, n’est à sauver. Hormis la jolie princesse qui est la seule à se comporter avec droiture, tous les autres, Perrin y compris, troquent sans vergogne leur masque de mec sympathique pour celui de l’opportuniste vicieux sans y réfléchir à deux fois.
Outre son propos corrosif, si Coup de tête s’impose au forceps dans les esprits, c’est en grande partie grâce à la prestation habitée du terrible Patrick Dewaere. Inconvenable, fougueux en diable, il n’y a pas un plan qui souffre de son absence, l’homme est omniprésent à l’image mais jamais ne fatigue son audience. Qu’il en prenne plein la tronche, qu’il troque sa carte de mec inoffensif pour celle du salopard éphémère ou qu’il joue les redresseurs de tort, il trouve toujours l’énergie nécessaire, qu’il couple à un naturel de chaque instant, pour faire sien son personnage.
Ce Dewaere show prend toute son ampleur dans la dernière demi-heure. Coup de tête s’y exprime alors totalement, toute sa première partie y trouvant un écho jubilatoire. Lorsque Perrin joue le barde énervé au banquet de l’amitié, le spectateur prend, avec lui, un plaisir non dissimulé à voir les cartes être redistribuées. Et si la vengeance du vilain petit canard est un poil trop précipitée, elle n’en reste pas moins un grand moment de cinoche qui reste en mémoire à la seule évocation du film.
Il ne manque à Coup de tête qu’un peu plus d’idées dans sa mise en scène, et un petit quart d’heure supplémentaire pour donner plus de densité à la revanche du moustachu. Mais en l’état, le film de Jean-Jacques Annaud s’inscrit tout de même dans le haut du panier de la comédie satirique à la française. Très grinçant, emporté par un rythme qui ne faiblit jamais et magistralement porté par un acteur au rare talent, il mérite sa belle réputation.