La métamorphose poisseuse d'un bouffon en bourreau.

  • Avant de me replonger dans ce film, j'avais un souvenir un peu flou de son cynisme. Mais dès les premiers plans, la moiteur de cette colonie d'Afrique-Occidentale m'a sauté au visage. Ce n'est pas seulement un film historique, c'est une plongée viscérale dans la crasse morale, et je dois dire que l'expérience est aussi fascinante que dérangeante.

Un malaise fascinant

  • ​Ce qui me frappe à chaque fois, c'est la métamorphose de Philippe Noiret. On commence par avoir pitié de ce policier minable, humilié par tout le village, pour finir par trembler devant sa logique de purificateur dément. C’est brillant : Tavernier nous piège en nous faisant d'abord rire de la bêtise de Cordier avant de nous confronter à sa folie meurtrière.
  • ​L'image est superbe, portée par des mouvements de caméra d'une fluidité presque surnaturelle qui contrastent avec la décrépitude des décors. On sent la poussière, la bière tiède et le mépris qui suinte de chaque interaction, notamment grâce à un Jean-Pierre Marielle absolument délectable en ordure magnifique.

Pourquoi pas plus de 7/10 ?

  • ​Si je reste sur cette note, c'est que le film finit par m'épuiser. Le nihilisme est si total qu'il n'y a plus aucune lumière à laquelle se raccrocher. Au bout de deux heures, cette noirceur devient un peu étouffante et le rythme, très lent, donne l'impression que le récit s'enlise volontairement. C'est un grand film, certes, mais son absence totale d'empathie crée une barrière qui m'empêche de crier au chef-d'œuvre absolu.

​​En conclusion

  • ​Au final, Coup de Torchon est une œuvre inclassable qui laisse une trace indélébile, bien qu'un peu amère. C'est le portrait sans concession d'une humanité en décomposition, porté par un Philippe Noiret au sommet de son art. Si le film rate de peu la note maximale à cause de sa lenteur et de son atmosphère parfois trop irrespirable, il n’en reste pas moins un incontournable du cinéma français. C’est une farce tragique et venimeuse que je conseille à quiconque veut voir le côté sombre de l'âme humaine filmé avec une élégance rare. À voir, ne serait-ce que pour se demander si, au fond, nous ne sommes pas tous un peu des Lucien Cordier qui s'ignorent.

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le 2 janv. 2026

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DirtyVal

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