Chaque année Woody Allen nous livre un film. En attendant Nero Fiddled, autant piocher dans un de ses vieux films (enfin 1995 n'est pas si loin que ça).

La mise en scène est simple, typique d'un Woody: des plans séquences dont les dialogues savoureux ne finissent pas, des mouvements caméra simples mais toujours pertinents, une utilisation du son simple mais efficace, et une BO qui donne toujours envie d'aller faire un tour chez le discaire du coin.

Le scénario comporte, pour moi, un point négatif: le fil rouge qu'est cette séparation de l'homme et l'artiste me semble n'être qu'un vulgaire bricolage pour tenter de donner un objectif. Comme si ça avait été ajouté à la dernière minute. Ca participe en un sens au concept jazzique du film, mais en même temps, étant fou d'une horlogerie parfaite, j'ai eu du mal à apprécier ce final mal ficelé. A part cette faiblesse dramaturgique, je dois dire que le film est très haut en couleur et riche en bonnes idées et bons traitements, tout d'abord grâce à ses personnages, tous construits et habités par leurs interprêtes. Même Jennifer Tilly prouve qu'elle aurait mérité une autre carrière après Bound.

Ensuite, le mélange des deux milieux, les artistes et les gangsters, offrent un pétillant moment de cinéma. Woody n'a pourtant rien inventé, la mafia a bel et bien financé des films; c'est dans le traitement typique du réalisateur que ça décoiffe. L'on rit beaucoup et la folie créatrice va crescendo jusqu'à un final larmoyant (je ne parle pas de la fin bricolée pour s'adapter à ce soi disant fil rouge, mais bien à l'évènement final durant la représentation).

Bref, Woody a su apporter de véritables bijoux régulièrement. Ses films ne changent pas beaucoup , c'est vrai; on peut aussi lui reprocher de prendre rarement des risques (on va dire que la décennie 2000-2010 fut la plus audacieuse depuis bien longtemps) mais ce n'est pas grave. Après tout, ceux qui aimeront Woody savent que le plus important dans ses films, ce n'est pas qu'il tente de marquer l'histoire en réinventant le cinéma, mais juste qu'il s'exprime à travers son verbe qu'est le cinéma. C'est donc dans la plus grande hâte que j'attendrai son prochain film qui marquera, en plus, son retour devant la caméra.
Fatpooper
8
Écrit par

Créée

le 27 févr. 2012

Critique lue 747 fois

Fatpooper

Écrit par

Critique lue 747 fois

8

D'autres avis sur Coups de feu sur Broadway

Coups de feu sur Broadway

Coups de feu sur Broadway

6

Boubakar

6761 critiques

La vie au théatre.

Dans les années 1920, un jeune dramaturge à la quête d'un succès à Broadway est assuré par un mafieux de se faire produire la pièce de théatre qu'il voulait, à condition que sa petite amie y trouve...

le 22 févr. 2022

Coups de feu sur Broadway

Coups de feu sur Broadway

8

DanielOceanAndCo

4214 critiques

Critique de Coups de feu sur Broadway par DanielOceanAndCo

Coups de feu sur Broadway est une comédie brillantissime signée Woody Allen avec ces deux mondes on ne peut plus opposés (ou pas??) qui se télescopent : celui de la Mafia et celui de Broadway. Déjà,...

le 4 déc. 2021

Coups de feu sur Broadway

Coups de feu sur Broadway

6

Trilaw

1923 critiques

« On aime l’artiste, pas l’homme »

Un écrivain conclut un pacte avec une gouape. Elle produit sa pièce mais à quel prix ?Revenons à ma citation, c’est plutôt cocasse de croiser cette réplique dans l’une des œuvres de ce réalisateur...

le 1 oct. 2023

Du même critique

Taxi Driver

Taxi Driver

5

Fatpooper

14122 critiques

Critique de Taxi Driver par Fatpooper

La première fois que j'ai vu ce film, j'avais 17ans et je n'avais pas accroché. C'était trop lent et surtout j'étais déçu que le mowhak de Travis n'apparaisse que 10 mn avant la fin. J'avoue...

le 16 janv. 2011

Les 8 Salopards

Les 8 Salopards

5

Fatpooper

14122 critiques

Django in White Hell

Quand je me lance dans un film de plus de 2h20 sans compter le générique de fin, je crains de subir le syndrome de Stockholm cinématographique. En effet, lorsqu'un réalisateur retient en otage son...

le 3 janv. 2016

Strip-Tease

Strip-Tease

10

Fatpooper

14122 critiques

Parfois je ris, mais j'ai envie de pleurer

Quand j'étais gosse, je me souviens que je tombais souvent sur l'émission. Enfin au moins une fois par semaine. Sauf que j'étais p'tit et je m'imaginais une série de docu chiants et misérabilistes...

le 22 févr. 2014