"Tiens, ça t'apprendra à être beau, p'tit con!"
D'un côté, je comprends vraiment les gens qui trouvent ce film navrant.
Déjà, le film de kung-fu c'est souvent prétexte à plus de connerie que de philosophie et de spiritualité (alors que c'est un peu le credo des arts martiaux)... Steven Seagal est un peu la représentation du problème de ces films-là: je sors des belles phrases sur les pandas paisibles dans l'océan des plaintes du monde sauvage et tout et tout alors qu'en fait je pète la gueule à des gens de façon pas maline du tout. Bon, les films chinois, c'est encore autre chose, mais y a soit trop de pathos, soit trop de nationalisme gerbant (Yip Man) soit trop de... trop.
Et puis là, trop de cheap. Un film d'arts martiaux délirant, d'accord, mais faut faire des effets spéciaux qui suivent. Et qu'est-ce que c'est que cette course-poursuite à la Tex Avery là? Désespérant.
Sans parler du doublage. Un massacre. "On est pââââs dans la meyrde!"
Pourtant, j'aime ce film. J'aime cette influence du western spaghetti (dans les personnages, le contexte, la musique, l'ambiance....), j'aime quand Stephen Chow pousse le too much du kung-fu à son paroxysme, j'aime le côté Tarantino des deux musiciens tueurs, j'aime cette pseudo-histoire d'amour qui n'inonde pas l'écran de bons sentiments stupides (même si la scène de l'enfance de Sing tombe un peu dans le pathos, au moins on est pas dans Shaolin Soccer où c'était carrément ridicule), j'aime ce personnage principal transparent au possible qui se métamorphose complètement à la fin du film, j'aime ces chorégraphies à la fois nimportequoitesques et majestueuses, j'aime ces personnages dingues: Sing passe, du coup, un peu au second plan, entre les trois maîtres cachés dans un bidonville, le chef de gang aussi expressif qu'un moule même quand il chie dans son froc, le psychopathe et sa technique de la grenouille wushu, et les inénarrables Roméo et Juliette du kung-fu (qui, je suppose, ont des noms différents dans la VO, sans doute en rapport avec un mythe ou une oeuvre littéraire chinoise).
Crazy Kung-Fu, c'est un peu une parodie de western, mais avec les codes du film d'arts martiaux chinois... On a des vieux maîtres qui ont décidé de mener une vie simple au milieu du commun des mortels, un mafieux qui tient toute la ville, un jeune "anti-idéaliste" (avec toutes ses tentatives pour entrer dans le "Gang des Haches", la scène où il arrive à sa planter lui-même un couteau dans le bras est à ce propos assez drôle) qui rêve de grandeur pour effacer l'image qu'il se fait de sa vie ratée "j'aurais pu être médecin, ou avocat...". De vieux baroudeurs qui reprennent les armes pour défendre leur "famille" face à un adversaire qui n'est pas celui qu'on croit au début du film. On rajoute avec ça le bras droit du méchant, le bras droit du héros, les deux musiciens tueurs, la fameuse Grenouille en train de lire son journal sur les chiottes, la rombière et son mari pervers, le grand maître maniéré et éfféminé, et ça rend le tout trés agréable, malgré l'horrible doublage et les effets spéciaux parfois moyens moyens...
En bref, un film un cran au-dessus de Shaolin Soccer, qui en plus d'être alourdit par des points de scénario stupides, n'était qu'un film détente. Ici, il y a tout un vernis, un univers qui sont développés. Et ça donne un résultat super cool ^^
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