Filmé dans un somptueux noir et blanc, dont le réalisateur dit qu'il n'était pas le choix original, Cu Li est un film envoutant qui nous hypnotise par la beauté de ses images. On notera également la pudeur avec laquelle le réalisateur met en scène des personnes qu'on ne voit pas souvent à l'écran, soit une femme âgée et une jeune femme handicapée comme personnages principaux.
Nous suivons une femme qui porte une valise et une cage, dans laquelle se trouve un cu li, soit, apprenons-nous, un lémurien endémique des jungles du Viêt-Nam du nord. Cet animal, rattaché par une voix off à un défunt mari, en viendra à symboliser le passé de cette femme, et par synecdoque le passé du pays. Ce qui explique sans doute pourquoi sa nièce, une jeune femme manchot qui va bientôt se marier, ne supporte pas l'animal.
Au terme d'un parcours initiatique, ce sera à la femme âgée de renoncer à ce passé pour enfin embrasser l'avenir, cette union de sa nièce qui représentera un espoir de réconciliation, les parents du jeune homme étant un couple qu'elle connaissait d'avant et n'appréciait pas. Bien sûr, tout cela ne sera pas facile, et le mariage ne sera jamais que la promesse d'un espoir qui n'est pas encore advenu.
Tout cela est sans doute trop cérébral pour réellement émouvoir, mais la lenteur du film conjuguée à la beauté des plans promet une expérience immersive : il faut découvrir un tel film au cinéma, pour profiter de toute la profondeur de champ!