Il y a des films dont l'histoire dépasse largement ce qu'on voit à l'écran, et qui fait que ça reste passionnant à voir car ça raconte aussi une époque.
En 1931, Jean Grémillon tourne Daïnah la métisse, où un couple de couleur se trouve dans un paquebot, et la jeune femme attire les regards de par sa nature provocante, jusqu'à ce qu'on mécano soit lui aussi séduit, cède aux avances de Daïnah, mais celle-ci se refuse à lui en lui mordant l'épaule...
De par la nature extrêmement audacieuse du sujet, deux acteurs de couleur dans le cinéma des années 1930 qui sont montrés sans caricature, il y avait de quoi être choqué vu le contexte de l'époque. Je ne sais pas si il y a un lien de cause à effet, mais Gaumont va décider de couper 40 minutes du film, ce qu'il fait que le résultat actuel ne laisse que 51 minutes à l'écran, et Jean Grémillon décidera de retirer son nom au générique, ce qui fait que Daïnah la métisse est officiellement une œuvre sans auteur.
Ce qui reste aujourd'hui donne un résultat à la limite de l'onirisme, avec le mari prestidigitateur qui fait un tour de magie à base de boule dans un bocal sous le regard des convives tous masqués, avec des effets étonnants à l'image, et d'inévitables ellipses qui font que ça n'est pas compréhensible à 100%, des personnages disparaissent de l'histoire sans prévenir, mais dans l'ensemble, celle concernant Daïnah, ça reste lisible, avec une fin. D'ailleurs, le film a été tourné sur un bateau, et ça s'entend aussi, car comme c'est un des premiers films parlants, la prise de son n'est pas très bonne.
Il en reste au fond quelque chose de fascinant, pas parfait, Charles Vanel étant pour une fois très mauvais, mais dont les ellipses et les trous narratifs ajoutent quelque chose d'onirique dans cette mise en scène.