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Un manifeste ludique et flamboyant du génie visuel de Mario Bava

Malgré toutes les précautions mises en œuvre par l'inspecteur Ginko, dix millions de dollar sont subtilisés par l'insaisissable Diabolik. Mais le policier ne dit pas son dernier mot et essaye de coincer son adversaire criminel en montant un nouveau stratagème…

Dino De Laurentiis se lance sur le créneau de la bande dessinée adaptée au cinéma. Il produit au même moment « Barbarella » réalisé par Roger Vadim. Mario Bava se voit offrir ici le plus gros budget de sa carrière mais, toujours économe et bricoleur, il n’utilisera que le sixième de l'argent alloué !

« Danger : Diabolik ! » occupe donc une place tout à fait singulière dans la filmographie de Mario Bava. Film de commande destiné à exploiter le succès phénoménal de la bande dessinée en Italie, il devient paradoxalement l’un de ses films les plus libres et les plus expérimentaux sur le plan formel.

Bava ne cherche jamais à naturaliser l’univers de Diabolik. Au contraire, il assume pleinement l’artifice et transforme le film en véritable bande dessinée filmée. Les couleurs violemment saturées, les éclairages irréalistes, les fonds stylisés, les décors géométriques et les effets optiques composent un univers visuel pop, psychédélique, presque abstrait. L’écran devient une surface picturale où dominent les rouges flamboyants, les bleus électriques et les verts acides, sculptant les corps et les espaces avec une liberté plastique rare dans le cinéma populaire de l’époque.

Contrairement à ses films gothiques dominés par le clair-obscur et la lenteur hypnotique, Bava privilégie ici la vitesse, le rythme, la mobilité permanente de la caméra. Travellings, zooms, cadres obliques et compositions très graphiques donnent à chaque plan la valeur d’une vignette stylisée. La musique d’Ennio Morricone, à la fois pop, ironique et sensuelle, participe pleinement à cette dynamique ludique et à cette atmosphère de fantaisie criminelle élégante.

Le personnage de Diabolik lui-même s’inscrit dans cet esprit. Il ne s’agit ni d’un justicier ni d’un héros moral, mais d’un voleur hédoniste, amoral, narcissique, que le film ne cherche jamais à condamner. Le couple qu’il forme avec Eva Kant devient une véritable icône pop, vivant dans un monde parallèle de luxe, de désir et de transgression. Cette glorification ludique de l’anti-héros s’inscrit pleinement dans le climat libertaire de la fin des années 1960, marqué par la défiance envers les institutions, la dérision du pouvoir et la fascination pour les figures marginales triomphantes.

Si « Danger : Diabolik ! » s’éloigne du gothique et de l’horreur qui ont fait la réputation de Bava, on y retrouve pourtant ses obsessions fondamentales : primauté de l’image sur le récit, théâtralisation de l’espace, goût pour l’artifice assumé, stylisation extrême de la violence et de l’érotisme. Plus encore que dans d’autres films, Bava semble ici filmer pour le pur plaisir de créer des formes, des couleurs et des mouvements.


Longtemps considéré comme une curiosité kitsch, il a même eu les honneurs du site Nanarland », le film apparaît aujourd’hui un manifeste ludique et flamboyant du génie visuel de Mario Bava, où le cinéma devient avant tout un art du regard et du plaisir plastique.


Jean-Mariage
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le 21 janv. 2026

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