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YES MISS DRIPPLE
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le 13 juil. 2012
Cat’s don’t dance est alors en post-production chez Turner Feature Animation quand la compagnie et ses actifs sont absorbés par Warner Bros. Animation. Le film, pourtant ambitieux et réussi, ne sera pas mis en avant par la Warner et fera un four désastreux en salles.
Cat’s don’t dance est donc une de ses victimes qu’on ramasse à la pelle quand les grosses compagnies se boulottent entre elles.
La petite larme coulée, reprenons un peu de couleurs et retrouvons le sourire car si le film n’a pas eu sa chance lors de sa sortie, il n’est pas trop tard pour lui accorder maintenant l’attention qu’il mérite.
Danny, ce chat superstar comme nous l’indique son titre français, est ainsi cet archétype du jeune ambitieux qui quitte sa petite campagne pour Hollywood. Nous sommes en 1939, en plein âge d’or, loin de toutes horreurs de la guerre, et le film fait constamment référence à cette époque, caricaturant les vedettes de l’époque ou quelques films connus. Des références pour les plus grands, pour les plus vieux, tout à fait accessoires, mais qui témoignent déjà d’un film qui ne se contentera pas de viser uniquement les plus jeunes.
Danny est un chat optimiste, confiant en ses rêves. Mais pour les animaux comme lui, il n’y a que des rôles de figuration, quand les humains sont les véritables vedettes et ne laissent rien que des miettes de pellicules. A l’image de Darla Dimple (clin d’oeil à Shirley Temple et Darla Hood), enfant-star, présentée comme l’amie des animaux mais en vérité petite peste folle et machiavélique, accompagné de son gorille géant qu’elle appelle quand ses caprices ne sont pas satisfaits. Quand Danny rallie à lui tous les animaux délaissés par Hollywood, elle va alors manigancer pour que la troupe tombe du haut de leurs rêves.
Cat’s don’t dance n’est guère surprenant dans son déroulé, où les pièges et les détours mèneront vers un final réjouissant. Mais il peut emmener le spectateur avec lui grâce à ses nombreuses qualités. Parmi lesquelles ses personnages d’une simplicité épurée mais attachants. Le film est court, trop court, et le générique arrive trop vite au bout de 66 minutes, ce qui ne laisse guère le temps de s’appesantir. On sent d’ailleurs le film parfois trop pressé, au rythme parfois trop agité, peut-être signe d’une post-production raccourcie.
Hommage flamboyant à l’âge d’or d’Hollywood, et notamment de ses comédies musicales, Gene Kelly fut ainsi en toute logique consultant sur les chorégraphies, le film lui est d’ailleurs dédié. Cependant, en dehors de quelques scènes assez réussies, on ne ressent pas assez le travail réalisé pour certains des passages musicaux, parfois aussi trop vite écourtés. Quelques scènes assureront le spectacle, tandis que d’autres semblent avoir été sacrifiées.
Il faut le reconnaître, Cat's don't dance n'a pas pu bénéficier des mêmes montants alloués que pour un Disney, un peu d'indulgence donc. Le budget du film de Turner Features Animation a été estimé à 30 millions de dollars, celui d’Hercule sorti la même année représentait 85 millions. Pour autant, le dessin animé de Mark Dindal s’en sort très bien, assurant une animation dans la moyenne haute des standards, sans trop d’effets de style, hormis pour l’homérique déluge du studio ou la chanson « honnête » de Darla Dimple, réjouissantes et ambitieuses scènes. Le film est d’ailleurs malin et ingénieux, jouant avec les échelles (le gigantisme des studios, celle de la salle de cinéma finale-bien connue- ou la carrure de Max), n’hésitant pas à proposer différentes petites séquences surprenantes et autres petits détails. Il y a un sens réjouissant de la petite attention, pour une esthétique claire et appréciable, encore une fois référente à cet Hollywood, dans ses décors ou dans ses couleurs unies.
Et puis, il faut bien le souligner, il y a la folie de l’animation de Darla Dimple, aux multiples figures, aux grimaces toujours renouvelées, passant d’une mielleuse hypocrisie à une folie totale. Un petit corps enfantin mais pernicieux, qui a eu le droit à l’animation la plus soignée, assurant au personnage et à ses expressions incroyables une présence qui crève l’écran. Difficile de créer des méchants charismatiques, Disney n’y arrive pas toujours, et Darla Dimple s’impose avec assurance et avec son ambivalence traitée sans garde-fous.
Avec Darla Dimple ou le monde du cinéma, le film n’est pas forcément des plus tendres avec l’industrie du 7e Art, dont on perçoit bien le culte de la personnalité ou des apparences. Une époque où les studios créaient et façonnaient leurs stars, où l’âge d’or n’était pas si étincelant. Mais c’est probablement avec ce sort des animaux que le film semble appuyer le plus sa critique en sous-texte, car il est difficile de ne pas penser au sort des minorités dans le cinéma. Qui eux aussi arrivent à Hollywood les yeux plein de rêves mais qui doivent être « à leur place » (tel quel dans le film), ne pas faire de remous, accepter ce qu’on leur dit, ne pas rêver trop haut.
Ces sous-textes Cats don’t dance ne les formalisent pas, mais ils restent présents, à la surface, peut-être invisibles aux enfants mais qui seront peut-être compréhensibles par les adultes. C’est toute la réussite de ce film, simple et rythmé comme un film pour enfant, mais dont les ambitions esthétiques et certains sous-textes lui offrent une stature bien plus large, malgré ses maladresses ou sa durée de vie. Cat’s don’t dance a eu une genèse mouvementée, sans évoquer les premières ébauches où Michael Jackson était encore impliqué et oui, il n’a pas eu la reconnaissance attendue, en dehors de quelques amateurs. C’est dommage pour ce film charmant, réalisé par Mark Dindal, qui a donc la malchance d’être le responsable de deux des plus grands films d’animations injustement méconnus ou sous-estimés de ces années : Cat’s don’t dance et le génial Kuzco, l’empereur mégalo en 2000.
Créée
le 21 juin 2025
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