Après une longue inactivité critique (ah, mémoire de Master 2...), je me sens un peu rouillé. Cette chronique sera donc courte et sans prétention, à l'image du film dont elle fait l'objet.
"Dark River" est un drame familial britannique situé dans le Yorkshire et filmé avec pudeur par Clio Barnard (dont je n'avais, il faut bien l'avouer, jamais entendu parler). Et je dois bien admettre, à la sortie de la séance, mon incompréhension à l'égard de la presse et des spectateurs qui ont, pour la plupart, boudé le long métrage.
Alice, une jeune employée de ferme, retourne dans sa campagne natale lorsqu'elle apprend le décès de son père, bien décidée à reprendre en mains l'exploitation familiale qui dépérit aux mains de son frère Joe. Des tensions et traumatismes enfouis vont se réveiller au contact de ce lieu et de ce frère qu'elle avait quittés depuis 15 ans...
Pour faire dans un ton moins putaclic, le film est centré sur la relation fraternelle, et il marche très bien de ce côté là. Ruth Wilson, l'actrice principale, est douée (bien qu'assez monolithique) mais Mark Stanley (le frère) est incroyable de justesse et vole absolument tout le film tant son interprétation de travailleur rustre, dépressif, rongé par les remords, est bouleversante
Certes, Barnard amène ses "révélations" avec des gros sabots, et il ne faut pas longtemps au spectateur pour comprendre la nature du traumatisme vécu par Alice (en l’occurrence, les abus sexuels de son père). Ce sentiment de "too much" dans la construction dramatique vient également des flash-backs répétitifs qui nuisent à la construction d'un véritable récit naturaliste et viscéral. On regrettera également certaines maladresses dans quelques dialogues qui frôlent la niaiserie (le frère qui explique que chaque insecte qui vit sous son champ compte...). Mais ce ne sont là que des petits points noirs sur un tableau franchement réussi.
L’ambiguïté des personnages à la morale changeante au gré de leurs émotions plus ou moins refoulées est un point fort du film qui ne cède jamais au manichéisme ou au brûlot féministe facile, bien que la dureté des conditions de vie d'une femme dans ce milieu soit dépeinte filigrane, notamment à travers les relations qu’entretient Alice avec ses anciennes connaissances, ou la loi de l'omerta qui règne par rapport aux sévices infligés par son père.
Clio Barnard film les paysages du Yorkshire d'une bien belle manière, et on regretterait presque parfois que le film ne soit pas plus contemplatif. Mais c'est justement ce parti-pris d'une réalisation très terre à terre qui fascine, émeut, révolte, interroge.
Enfin, la grande force du film est de parvenir à immerger totalement un petit citadin comme moi dans un univers ou chaque mouton compte, où la possession d'une terre est une question de vie ou de mort, d'honneur. Zola n'est jamais très loin.
PS: Sean Bean bat tous ses précédents records dans ce film puisque il est DÉJÀ mort avant le début de l'action (c'est pas du spoil, c'est le synopsis) !