Avant de commencer cette critique, je suis bien conscient que la simple vue de la note que j'ai attribuée à ce film fait figure d'hérésie sans nom. Il se trouve que même le plus sceptique de mes éclaireurs lui a accordé un petit 6/10.
J'ai le sentiment très désagréable d'avoir fait fausse route, d'être passé à côté d'un monument sans m'en rendre compte et c'est pourquoi je suis tout à fait prêt à accorder un second visionnage à ce "Deer Hunter" prochainement.


Pourquoi une note si basse pour ce chef d'oeuvre apparent ? Parce que je me suis ennuyé, premièrement, mais pas seulement. J'ai surtout eu cette sensation très gênante que Cimino était tellement aveuglé par la croyance en le génie de son oeuvre qu'il est passé à côté de tout ce qui aurait pu faire la force d'une telle entreprise.


Pour faire court, le film se divise en trois parties: l'avant Viêt Nam, la Guerre, et le retour au pays des trois amis et protagonistes principaux.


La première m'a parue extrêmement mauvaise. Je ne me suis pas ennuyé parce qu'elle était longue mais simplement parce que le réalisateur échoue (avec pourtant beaucoup de sincérité) à insuffler de la profondeur à ses personnages.
Tout film de plus de trois heures qui met lentement en place une ambiance forte doit le faire avec rythme, en maintenant le spectateur dans une légère tension même si rien de ce qui se passe à l'écran ne semble particulièrement important. Francis Ford Coppola et Sergio Leone sont les exemples parfaits de réussite dans ce domaine.
Dans le cas de "Deer Hunter", on nous sert une heure de scènes de mariage, de beuveries, et de chasse au cerf. Et au bout de cette heure, on ne connaît toujours pas les personnages. C'est pas qu'on ne nous a pas laissés le temps de nous attacher à eux, c'est qu'on ne nous en a pas laissés l'opportunité et c'est complètement différent.
On sent la volonté de Michael Cimino de faire une oeuvre presque "naturaliste". On suit le déroulé de la cérémonie de mariage minute par minute (ces chants et ces danses interminables...), les tensions entre les personnages sont tellement explicitées qu'elles en deviennent ridicules (le type prêt à flinguer son pote parce qu'il veut pas lui prêter ses chaussures. Passons.)
Et c'est bizarrement dans cette tentative d'exhaustivité que Cimino ne nous apprend rien.


La seconde partie est tout bonnement excellente, et on ne peut que déplorer le fait qu'elle démarre après la lourdeur éléphantesque de la première.
Les scènes de roulette russe dégagent une tension incroyable, la reconstitution millimétrée des décors et de l'ambiance créent ici un sentiment de réalisme tel qu'il en devient oppressant et malaisant. Oui, Cimnio nous livre ici du très très grand cinéma.
De Niro est excellent sans avoir à fournir le moindre effort (mais parce que De Niro est toujours excellent) et Christopher Walken, que je n'avais jamais eu l'opportunité de voir dans un rôle important, est également exceptionnel.


Et puis arrive la dernière partie qui se veut miroir (peu subtil) de la première. Le réalisateur te hurle à la face "REGARDEZ COMME ILS ONT ÉTÉ TRAUMATISES !" . Dans le cas de De Niro qui retrouve ses potes, on s'en fout complètement. Du symbolisme partout (le petit garçon qui pointe son faux pistolet sur lui, la scène finale où tout le monde chante "God Bless America"...tu la sens ma SATIRE SUBTILE ?), une "romance" complètement inintéressante puisque les relations entre les personnages avaient à peine été esquissées en une heure de film, des potes toujours aussi cons...
Et puis il y a la partie Walken qui est excellente. Son évolution psychologique est crédible et provoque une véritable compassion de la part du spectateur.
Et la dernière confrontation entre De Niro et Walken...ok, cette scène m'a soufflé. C'est poignant et magnifique.


Mon hypothèse est que Michael Cimino s'est fourvoyé. Il a pensé que réalisme rimait forcément avec intensité mais c'est seulement vrai pour la partie au Viêt Nam. Abreuver le spectateur de symbolisme et d'anecdotique n'amène rien si l'écriture des personnages n'est pas de qualité. Il a eu la chance de s'entourer d'acteurs stupéfiants pour rattraper en partie les carences du script.
Toujours est-il que cette expérience m'a un peu refroidi, moi qui comptait regarder son "Heaven's Gate" prochainement.

Créée

le 25 févr. 2017

Critique lue 2.7K fois

31 j'aime

7 commentaires

Mr_Step

Écrit par

Critique lue 2.7K fois

31
7

D'autres avis sur Voyage au bout de l'enfer

Voyage au bout de l'enfer
guyness
9

My dear hunter

Avec voyage au bout de l'enfer, l'occasion nous est d'emblée offerte de revenir sur le désastre que peut constituer un titre français par rapport a l'original (désastre qui peut s'appliquer aux...

le 10 mars 2011

154 j'aime

8

Voyage au bout de l'enfer
Gand-Alf
10

One bullet.

Loin de moi l'idée de jouer les nostalgiques du dimanche et les vieux cons mais il faut bien avouer qu'à une certaine époque, le cinéma avait une sacrée gueule. Il n'était pas parfait, loin de là, et...

le 26 mai 2014

116 j'aime

6

Voyage au bout de l'enfer
Kobayashhi
9

Les jeux sont faits. Rien ne va plus !

Voir The Deer Hunter des années après au cinéma, c'est une expérience à vivre, c'est se rendre compte encore davantage des formidables qualités de ce récit inoubliable qui forme un tout. Un film de...

le 9 oct. 2013

83 j'aime

12

Du même critique

Song to Song
Mr_Step
2

Les vacances de Terrence

Terrence est content. Les studios lui ont donné carte blanche pour aller filmer dans des coins super beaux avec ses potes acteurs super cool. Pis Terrence, il a un chef op du tonnerre, du coup il a...

le 16 juil. 2017

128 j'aime

20

Suicide Squad
Mr_Step
3

Critiquer le vide

CRITIQUE LORS DE LA SORTIE EN SALLE C'est un peu de ma faute, j'étais vraiment hypé par le film. J'attendais quelque chose de sombre, déjanté, plus terre à terre que les combats de titans des deux...

le 2 août 2016

60 j'aime

3

Voyage au bout de l'enfer
Mr_Step
5

Pourquoi c'est culte ? (Episode 3)

Avant de commencer cette critique, je suis bien conscient que la simple vue de la note que j'ai attribuée à ce film fait figure d'hérésie sans nom. Il se trouve que même le plus sceptique de mes...

le 25 févr. 2017

31 j'aime

7