Ce que Signes comptait être, Dark Skies l’atteint haut-la-main. Il y a une entrée en matière rapide, en trompe-l’œil ; toujours ce vieux cadre, ces méthodes éculées, cette ascension virtuose et imparable vers le stress. En vérité, Dark Skies passe son temps à se détacher du genre et des codes sur lesquels il semble jeter ses fondations. Scott Stewart a fait un film résolument actuel, du cinéma d’horreur sociale sans cible précise, plutôt avec des témoins. Si on est peu réceptif à cette dimension-là, on profite au moins de ce spectacle comme vrai cauchemar paranoïaque.
Tout se concentre autour d’une petite famille ordinaire, vaguement BCBG, en proie à des esprits maléfiques. Particularité, ici, ce sont probablement des extraterrestres. C’est l’originalité essentielle du film, si on omet cette intention (aboutie) de faire des personnages et leur situation des incarnations de l’Amérique sous l’effet de la crise économique présente. La réussite notable du film, c’est justement d’exploiter ces phobies ou sensations récurrentes, mais mal identifiées, qui aujourd’hui opèrent une véritable contagion : crainte des conspirations, peur de l’exclusion et du déclassement, solitude des individus face aux systèmes invisibles et donc inqualifiables (puis aussi, par extension, la phobie de l’État et des organismes officiels si typiquement américaine).
Dark Skies s’impose comme un objet transgenre, répondant clairement aux impératifs de la basique série B de genre, flirtant avec une SF innovante et le thriller psychologique sans psychologie, où les personnages sont croqués avec subtilité mais existent essentiellement en tant que symptômes et cas de possessions modèles. Pour le meilleur ou pour le fric, le producteur Jason Blum (Paranormal Activity et Sinister) a du flair.
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