Vecteur de forces maléfiques, l’eau spectrale des larmes s’infiltre, fracturant espaces et temporalité. Spirale anxiogène de la solitude.Dark water est un cauchemar d’une tristesse infinie. Noyé de solitude. C’est davantage l’inquiétante étrangeté qui nous gagne que l’horreur. On plonge vraiment dans l’incertitude, le tourment d’un cercle infernal, un drame inéluctable. Dès le début, nous sommes happés par le sentiment de solitude ( la petite fille isolée dans la cour d’école qui attend ses parents. Et puis, il y a cet immeuble où à part le concierge, la mère et la fillette ne croisent personne. Il y a cet ascenseur, oppressant. Une impression de claustrophobie émane des lieux avec l’impossibilité de fuir. Et, puis, l’angoisse monte peu à peu : l’apparition fantomatique d’une fillette disparue, d'un manteau jaune, d’un sac rouge omniprésent. On est quasiment dans le fantastique avec l’étrange qui pénètre et contamine le quotidien le plus banal, sous la forme de l’eau, d’abord une tache, puis de cette eau qui ruisselle. On sent que tout peut s’effondrer d’un moment à l’autre. En même temps que ceux de la mère, perdue dans les complications de son divorce, sa recherche de travail, sa culpabilité maternelle, sa dépression, on perd nos repères spatiaux et temporels, car des événements surviennent, se mêlent dans un chaos chronologique. Un appartement du dessus inondé, une citerne sur le toit qui dégorge. Jusqu’au raz-de-marée. Avec toute cette eau, on entre dans la frayeur. Elle symbolise à la fois, le deuil, les larmes, la mort et la solitude d’un fantôme d’enfant en mal de mère.