Il faut saluer l’audace de Mariano Baino, qui opte ici pour une narration particulièrement exigeante. Toute l’introduction repose sur une longue phase quasiment dépourvue de dialogues, au point qu’il faut bien un quart d’heure avant qu’un personnage daigne enfin fournir au spectateur les premières clés de compréhension d’un récit jusque-là plutôt nébuleux. Le procédé est risqué puisqu’il demande une adhésion immédiate à une atmosphère plus qu’à une histoire. De mon côté, j’avoue ne pas avoir été totalement disposé à jouer le jeu, et cette exposition m’a paru un peu longue.
Une fois le décor macabre installé et l’héroïne plongée dans ce couvent rempli de religieuses allumées, on se dit que les hostilités vont enfin pouvoir commencer. C’est effectivement le cas, mais elles seront surtout symboliques et atmosphériques plutôt que réellement spectaculaires. Dark Waters cherche avant tout à construire un climat vaporeux chargé d’accompagner son conte morbide. Peu importe finalement que les promesses du contexte soient pleinement tenues : Mariano Baino semble surtout intéressé par une dérive proche des mythes lovecraftiens, comprendre un petit monstre aperçu furtivement et puis s’en va.
Personnellement, j’ai trouvé tout ça un poil court malgré une vraie singularité dans la proposition. Je reconnais au film une identité forte, mais je suis resté assez extérieur à ce qu’il racontait. Le final, avec cette naissance d'une nouvelle paire d'yeux ivoires, m’a peu ému.
Je retiendrai malgré tout plusieurs peintures très réussies — notamment le personnage qui s’extirpe des flammes —, la sœur mutilée qu’on croirait sortie d’un Hellboy, ainsi qu’une bande-son faite de rires et de complaintes d’enfants qui, si elle participe grandement au malaise recherché, a fini par complètement m’épuiser sur la distance.