Amateur de Kaamelott canal historique mais pas convaincu par la direction prise ensuite et carrément déçu par le premier film (du coup pas vu le second), il y a longtemps que je voulais voir ce que pouvait faire Astier dans un registre complètement différent de la série. Les mauvaises critiques m'en avait dissuadé jusque là, mais mieux vaut tard que jamais.


Alors, celui qui aurait peur de ne pas suffisamment voir Astier à l'écran peut être pleinement rassuré : il est dans à peu près 99% des scènes. Adjani, immense actrice et qui est censée être LA star du film, et pour qui Astier l'a même écrit, semble avoir un rôle de faire-valoir, un comble... Pas étonnant que Delon, que Astier voulait au départ, ait refusé le rôle.


Du coup parlons du Astier acteur, puisqu'il est omniprésent. Dans beaucoup de scènes j'ai eu l'impression de voir le roi Arthur : mêmes mimiques, même ton désabusé ou excédé... Ca confirme ce que je pense depuis longtemps : Astier n'est pas un vrai acteur, il ne compose pas un rôle, il est lui-même. D'ailleurs dans ses interviews on a aussi très souvent l'impression d'entendre le roi Arthur.

Adjani quant à elle, cabotine. Elle cabotine bien, c'est Adjani quand même, mais c'est dommage de l'avoir réduite uniquement à ça, à part quelques passages trop peu nombreux où elle fait passer toute la fragilité de son personnage.

Les rôles secondaires, à savoir la copine de David et le frère de la copine, sont insignifiants. Ils ne servent qu'à un drama de pacotille entre David et sa copine qui trouve qu'il n'en fait toujours qu'à sa tête, et entre la copine et son frère vis à vis de leur mère, mais c'est nébuleux et ça ne sert absolument à rien dans l'histoire principale. Le médecin principal de la clinique est quant à lui une véritable caricature, trop c'est trop.


Le scénario maintenant. Abracabrantesque sans une once de réalisme. David, donc, très récent embauché dans une clinique suisse de luxe comme ergothérapeute, doit prendre en charge au pied levé une patiente, Mme Hansen, qui suite à un traumatisme que le spectateur ne connait pas, est devenue amnésique et désorientée. Elle a des phases de lucidité partielle où elle reconnait les soignants, et d'autres où elle est complètement dans un autre monde. David doit l'emmener en ville pour des achats. Personne ne dit absolument rien à David du traumatisme d'origine de Mme Hansen, il va tout découvrir par lui-même au cours du film.

On pense donc logiquement que personne ne sait ce qui est arrivé à Mme Hansen... Sauf que révélation à la fin du film : il n'y avait aucun secret, tout le monde savait. Ils n'en n'ont pas parlé à David... alors qu'il avait explicitement demandé ce qu'il y avait à savoir sur Mme Hansen. Premier n'importe quoi.

Une fois en ville Mme Hansen achète des chaussures, mais pas pour elle, pour David. Pourquoi pas. Mais pourquoi ? Bref... Puis Mme Hansen profite d'un moment d'inattention de David pour piquer la voiture et repartir toute seule. Heureusement la copine de David et le frère la copine étaient en ville aussi (chance) et ils partent tous les trois à la poursuite de Mme Hansen. Ils la rattrapent alors qu'elle s'est arrêtée au milieu d'une route en perdition mentale complète. Tout le monde va à la prochaine station-service pour prendre un café et se remettre de ses émotions.

Mme Hansen a alors envie d'aller à Aix-les-Bains, à 1h de route et surtout en passant en France. David accepte, sans en référer à la clinique pour demander l'autorisation, alors que jusque là il était hyper pointilleux sur le respect du protocole de la clinique (non Mme Hansen vous ne pouvez pas monter devant, c'est contraire aux règles de la clinique. Non Mme Hansen je ne conduirai pas à fond la caisse, c'est contraire au code de la route. Non Mme Hansen, etc etc...). Deuxième n'importe quoi, d'autant que ça va aller crescendo dans le genre.

Problème : la copine a eu peur parce que David a conduit trop vite pour rattraper Mme Hansen, et elle ne veut pas repartir avec sa voiture en conduisant. Du coup, hop, tout le monde va à Aix-les-Bains dans la voiture de la clinique.

Arrivés là-bas, ils vont jusqu'à une maison isolée au bord du lac. On ne sait pas bien pourquoi ni comment ils se retrouvent là. La maison est inhabitée, visiblement depuis longtemps. On comprends vite que Mme Hansen y a habité. Elle a oublié. Et ne s'en rappelle toujours pas. Mais ils y sont arrivés. Bref... Ils ouvrent la maison (oh, elle avait les clefs dans son sac, ça tombe bien !) s'installent, l'électricité n'a jamais été coupée, et commencent à visiter. David trouve une Lamborghini dans le garage, il est refait. Tout le monde décide de manger sur place (et trouve de la bouffe fraîche). La clinique s'inquiète de ne pas les voir revenir ? RAB... Et puis comme la maison semble bien sympathique, tout le monde décide de dormir sur place. Mme Hansen n'a pas ses médicaments ? RAB... C'est pas grave de ne pas prendre ses médocs pour un fois, c'est David qui le dit, et d'ailleurs on sait très bien qu'en psychiatrie le suivi scrupuleux des traitements n'est jamais important, c'est bon...

Mme Hansen est agitée pendant la nuit, elle n'a pas eu ses médocs. Elle fait une crise. Heureusement le frère de la copine la calme direct en peignant un poisson sur la porte de sa chambre, comme à la clinique. Malin ! Au petit matin Mme Hansen n'est plus dans son lit, tout le monde la cherche et on finit par la trouver assise au fond de la piscine (vide). Avec une caisse de jouets devant elle. Elle demande à David de jouer avec elle en choisissant chacun son tour un jouet. Au 3ème tour Mme Hansen choisit un vrai pistolet, avec des vrais balles. Que fait-il dans une caisse à jouets, mystère... Et on ne le saura jamais vu qu'il n'en sera plus question ensuite. David utilise la ruse pour reprendre le pistolet et le décharger. Puis Mme Hansen craque en part en pleurs. Dans une catharsis de pacotille, David l'enlace et lui demande si son fils s'est noyé dans cette piscine. Comment il a deviné, sans doute parce qu'il est vraiment très fort en psychologie. Mme Hansen revit la scène, où elle sort son fils de la piscine, le met dans la voiture (une Jaguar), part à fond à l'hôpital, et se plante violemment sur la route. Noyé + accident grave, le compte du fils est bon.

David renvoie alors sa copine avec son frère en leur disant de prendre la voiture de la clinique. Comment la copine va récupérer sa propre voiture, RAB... Un peu plus tard il sort la Lambo et repart avec Mme Hansen en affolant tous les radars entre Aix-les-Bains et la Suisse. Il arrive à la clinique, se fait engueuler (non ?) et virer par la médecin chef.

Epilogue 1 : David prend une glace au bord du lac avec le médecin principal caricatural. On ne sait pas bien pourquoi, ils ne sont pas censés être potes dans la vie. Le médecin lui annonce que Mme Hansen va beaucoup mieux, et que lui et David ont tout compris à la psychiatrie et le réintègre.

Epilogue 2 : David de retour à la clinique contredit la médecin chef qui ne comprend rien à la psychiatrie et qui veut donner ses médoc à Mme Hansen. A la place il joue une scène à Mme Hansen "on va faire comme si j'étais moi-même un malade" et lui demande de venir faire un tour en voiture avec lui. Vu qu'il a maintenant le totem d'immunité il peut la sortir comme il veut de la clinique on dirait, même de nuit. Ils vont dans le parking et sa voiture c'est une Mercedes SLG, le truc à 150000 balles : je veux bien que les salaires en Suisse soit plus élevés, mais David c'est juste un ergothérapeute, pas un chef de clinique. Bref, ellipse, ils roulent toute la nuit, et on les découvre au petit matin au bord de la mer. Mme Hansen est heureuse. FIN.

Si c'était un conte on se ficherait des invraisemblances. Mais ce n'en est pas un.

Au final c'est bien Adjani qui sert de faire-valoir à Astier. Et comme dans Kaamelott Astier se met en scène comme un genre de génie entouré d'abrutis qui ne comprennent pas son génie. Ici il a tout compris à la psychiatrie.


Après, la réalisation est correcte, mais sans plus. La musique fait parfois cheap, mais question de goût sans doute. Globalement on est quand même plus sur du téléfilm du dimanche soir que sur du film de cinéma.

PierU
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le 20 nov. 2025

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PierU

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