Disons-le de suite : Benoît Magimel est impeccable, ironiquement le cœur battant du film. Le sujet du droit de mourir dignement, avec un accompagnement médical et familial adapté, en laissant autour de soi "un bureau propre" (peut-être la plus jolie métaphore qu'on a entendu depuis bien longtemps), est évidemment d'une tristesse infinie, et on regrette alors que De son vivant se soit senti obligé d'appuyer d'un pathos gratuit et excessif (toute la fin) ce sujet qui se suffisait à lui seul pour nous faire baisser le masque le temps de se moucher copieusement. Dommage que ces scènes soient si dramatisées (on avait deviné la fin dès l'anecdote de la table ronde du début, on trouve que la romance avec l'infirmière est un peu de trop, et l'excès de "violons" nous a empêché de pleurer à la fin), car Magimel en mourant nous a fendu le cœur, la triste réalité de l'impossible deuil de la mère "lorsque son fils est vivant" (comment parvenir à anticiper une situation qui est trop dure à imaginer, comment réaliser un deuil alors que l'on peut encore physiquement voir et toucher la personne, ou plus directement : comment "accepter" ?). Catherine Deneuve, en second rôle, est tout à fait à sa place et appuie d'une émotion sincère ce binôme très touchant. Le médecin également nous a beaucoup ému, lui qui semble (mais "semble" seulement, on le devine) pouvoir accepter d'accompagner jusqu'au bout ses patients avec le sourire et une belle philosophie, avant de s'effondrer intérieurement
à la nouvelle du décès
(très belle scène, qui pour une fois n'a pas abusé des violons, et en est d'autant plus forte). Même les infirmiers ont droit à leur hommage dans des scènes bien construites où on découvre les coulisses "psychologiques" de leur travail (ils chantent, se réconfortent, parlent entre eux comme chez le psy...), un remerciement en images sincère pour leur accompagnement quotidien des mourants qui est plus que difficile. On perçoit le travail de deuil sous tous les angles : le mourant, la famille, les proches, les médecins... L'intelligence du discours est infinie dans De son vivant, et on ne regrette clairement pas de l'avoir vu, malgré la bonne dose de pathos qu'il aurait gagné à alléger pour percuter les cœurs comme un électrochoc.