Il faut que je fasse attention, là je suis attendu au tournant. D'autant que Demolition man, c'est pas vraiment mon genre de film à priori, j'en ai été convaincu dès la première scène. Mais après tout, si je me plains qu'un film appelé Demolition man soit trop bourrin, dans dix ans on en rigole encore...
En fait, il y a une vraie proposition dans ce film, malgré le cabotinage peu supportable de Wesley Snipes et la fin où plein de personnages disparaissent mystérieusement pour laisser le champ libre au duel.
Une petite dédicace @Kelemvor : merci pour m'avoir teasé une scène de sexe ultra hot avec Sandra Bullock, vu son rôle dans le film je sentais la douille arriver avant la scène, mais du coup j'ai bien ri. Comme le disait mon ami Dirty Harry : You made my day.
Avec environ 200 critiques sur le site, peut-être que ce n'est pas trop la peine de parler plus du film. Il y a néanmoins ceci : aujourd'hui, le film est peut-être plus pertinent qu'il ne l'était à l'époque. On est d'accord que la critique de la société ne fait pas dans la finesse (le film s'appelle toujours Demolition Man, non?), cela n'empêche pas la pertinence. Le politiquement correct qui atteint des sommets aujourd'hui, c'est une évidence.
Mais là n'est même pas le principal. Il y a quelque chose dans le film, aujourd'hui on nage en plein dedans. C'est le mépris du passé.
début de la disgression :
Et là, oublions le film, et parlons un peu de ce mépris du passé.
Qui est trop souvent l'apanage des progressistes auto-proclamés : ben oui, le passé c'était arriéré, il faut dépasser tout ça, on est quand même plus intelligents aujourd'hui, on sait mieux les choses.
Ah oui?
Ce mépris découle pourtant directement de l'idée du Progrès, celui avec la majuscule, qui est le sens de l'Histoire. Puisque l'on progresse, notre manière de penser est nécessairement mieux que celle de nos ancêtres, cqfd. Oui, on est moins violent, plus civilisé qu'avant, c'est évident (n'est-ce pas?).
Ce Progrès vers la civilisation était l'une des plus grandes justifications du colonialisme, puisque l'on détenait la vérité, il fallait bien l'imposer au reste du monde, cela devenait une mission sacrée. Rien à voir avec la canne à sucre.
En conclusion, nombre de soi-disant progressistes d'aujourd'hui sont donc en fait aussi rétrogrades que ces mecs du futur de Demolition Man, et dénoncent entre autres le colonialisme et le racisme notamment (ce qui est très bien), avec des arguments hérités de ce même colonialisme (ce qui est moins bien).
Le résultat, c'est qu'on balaie le passé comme on cache les poussières sous le tapis : comment ça de la saleté? Mais non, regardez.
Et on s'étonne de la voir ressurgir, cette poussière.
Même John Spartan le Demolition man sait ça.
Fin de la disgression
Là où Demolition man fonctionne à un degré supérieur à ce qu'on voit, c'est dans cette idée d'un gouvernement bienveillant, qui a besoin d'un terrorriste pour exercer sa bienveillance envers ceux qui n'en ont cure, qui veulent juste vivre comme ils l'entendent. C'est une dictature de la bien-pensance (en existe-t-il d'un autre type?), où les marginaux sont renvoyés, tels des morlocks, dans les égoûts, à manger des burgers de rat.
A-t-on réellement besoin de savoir comment fonctionnent les trois coquillages?
Les belles idées, c'est bien beau, c'est dans l'énoncé : mais parfois, ça fait du bien de les voir enfoncer par un Demolition man qui se contente d'être lui-même.