Garde à vue de coeurs solitaires et de solitudes corporelles

Bien que l’amour des garçons soit tabouisé en Chine, les pékinois sensibles à cette inclinaison, cèdent à la tentation de la rencontre en flânant au parc situé à proximité de la Cité Interdite, et ce, malgré la présence de quelques policiers chargés de le surveiller.

Une nuit, le bel A-Lan (Yé Jing) est surpris par le policier de garde (Hu Jun) alors qu’il enlace et embrasse effrontément un  garçon. Le policier l’arrête et le conduit au poste de surveillance du parc afin de mener un interrogatoire puis d’en dresser le procès-verbal. 

A partir de cette séquestration nocturne, le réalisateur va mettre en scène un huis clos onirique entre les deux protagonistes.

Le jeune homme, tombe amoureux de son geôlier à la beauté virile, mais sa belle sensibilité lui permet de ressentir la possibilité d’une ouverture sensuelle de ce dernier. Il se présente comme un homosexuel, bien que marié, et déclare être écrivain. Il répond aux questions en verbalisant les épreuves qu’il a traversées depuis son enfance. Pour qu’elles soient exprimables, il utilise le style des confidences. Celles-ci sont mises en images par le biais d’un narratif poétique prenant les formes du rêve, du fantasme, parfois du merveilleux (décliné de la culture chinoise ancestrale). La relation sinueuse qui se développe entre les deux hommes se caractérise aussi par la tentation à la perversité et au sadomasochisme (ceci n’est pas s’en rappeler l’atmosphère du film de Liliana Cavani, Portier de nuit).  Cette maïeutique « A-Lanienne » va ébranler le policier jusqu'à fendre son armure de certitudes. C’est donc sur une très belle image de « schiz », dont la déchirure va se tendre au coeur de la brume matinale grisonnante qui flotte sur le parc chinois, derrière la Cité Interdite, que va se conclure le long métrage.

Malgré quelques défauts mineurs (notamment des affects et du pathos parfois trop soulignés), ce film sans concession est parfaitement réalisé. Il permet aux deux acteurs principaux, doués d’un talent artistique hypnotique, de magnifier ce duetto troublant, entre conscient, inconscient et refoulement ….

Nota : 

Ce film a été présenté au Festival de Cannes 1997 pour la catégorie Un certain regard (les autorités chinoises n’ont pas autorisées le réalisateur à se rendre à Cannes pour cette occasion).

Hu Jun, sera acteur en 2003 dans le 2e opus de la trilogie INFERNAL AFFAIRS.

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le 23 nov. 2023

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